Décès de Jean Jacques BOY

Réactions à la mémoire de Jean-Jacques Boy :

Ces obsèques auront lieu vendredi 15 janvier à 13 H 30 au Crématorium de Saint-Claude. Tous ceux qui le souhaitent pourront y assister, à l’extérieur, où une sonorisation sera installée.

*publiées par Radio Bip

hommage de Henri Lombard , Président de Radio Bip

Jean-Jacques Boy nous a quittés dans la nuit de jeudi à vendredi 8 janvier. Dès ses années d’études à l’ENSMM, puis ingénieur dans cette école, il s’est engagé auprès des associations de solidarité avec le peuple palestinien et les peuples africains. Il est resté un militant infatigable de la solidarité internationale et de l’accueil des étrangers en France.

Sa dernière apparition en public était pont Battant en octobre dernier lorsque nous avons lancé des fleurs dans le Doubs en commémoration de la répression sauvage d’une manifestation pacifique des familles algériennes à PARIS, le 17 octobre 1961, répression par la police parisienne sous les ordres de Papon.

Il avait été à l’initiative de cette cérémonie annuelle il y a une vingtaine d’années.

Je témoigne ici en tant que président de Radio Bip sur le rôle décisif joué par Jean-Jacques dans les premiers pas de la radio pirate Radio 25 depuis 1977, puis dans la création de Radio BIP en 1981.

Le mouvement des radios libres à l’époque espérait un maillage du territoire national par des radiso associatives non commerciales qui donneraient la parole à tous les acteurs locaux de la vie démocratique et contrebalanceraient les informations aseptisées des radios publiques.

Ce mouvement des radios libres non commerciales existe encore aujourd’hui, même si la scène radiophonique a surtout été envahie par des radios commerciales qui nous servent un brouet peu ragoutant à l’image des médias dominants possédés en France par des milliardaires.

Jean-Jacques a été un président exemplaire de Radio Bip pendant les premières années de la Radio.

Il a participé à l’époque à l’élaboration de notre charte qui protège notre indépendance éditoriale et définit nos buts : donner la parole aux acteurs locaux associatifs et syndicaux, être une radio de terrain qui rend compte des mobilisations populaires autrement que par des communiqués ou des compte-rendus bien trop brefs.

Jean-Jacques a animé plusieurs émissions phare de la radio, en particulier « Graffiti sur les murs du silence », qui à l’époque était centrée sur les informations internationales, particulièrment de Palestine, d’Afrique et du Proche-Orient.

Après qu’il se soit éloigné de la radio pour se consacrer à ses activités au sein du Cisia, du CDDLE, de l’Association Germaine Tillion, de Palestine amitié et d’autres encore, l’émission « Graffiti sur les murs du silence » est devenue une émission de commentaire de l’actualité sociale et politique, aussi bien locale que nationale ou internationale.

Entre 2015 et 2020 Jean-Jacques a animé l’émission mensuelle « Des ponts pas des murs » pour rendre compte des activités du Comité de Défense des Droits et des Libertés des Étrangers (CDDLE).

Tous ceux qui l’ont connu de près ont admiré sa gentillesse et son militantisme.

Il avait donné le nom d’Abraham Serfaty à la salle de la radio consacrée aux réunions et aux spectacles. Nous donnerons le nom de Jean-Jacques Boy à notre studio d’émissions, dans lequel il a été si souvent présent.

*hommage de Palestine Amitiés

Aux adhérents de Palestine-Amitié

 Nous avons la très grande tristesse de vous faire part du décès de notre ami, Jean-Jacques BOY. Il était de tous les combats pour défendre les droit de ceux qui en étaient privés, pour rétablir la justice entre les hommes.Il fut membre actif dans notre association avant que la maladie le terrasse car la cause palestinienne lui tenait à cœur : faire connaitre la situation des Palestiniens, était son engagement.Ces obsèques auront lieu vendredi 15 janvier à 13 H 30 au Crématorium de Saint-Claude. Tous ceux qui le souhaitent pourront y assister, à l’extérieur, où une sonorisation sera installée.

Le Conseil d’administration de PALESTINE-AMITIE

* hommage sur Factuel info

http://www.factuel.info/article/jean-jacques-boy-disparition-dun-juste-temps-actuels-007355

*hommage du CCDLE

transcription de l’hommage dit lors des obsèques de JJ Boy par Noëlle Ledeure

Jean-Jacques,

nous ne t’appelions pas seulement Jean-Jacques, pour nous, tu étais aussi JJ, prononcé Djidji parfois, en insistant sur la première syllabe, avec une pointe d’accent méridional dans le sourire, et immédiatement, le tien resplendissait.

En Palestine, tu étais Abu Sara, le papa de Sarah, ainsi que te nommaient affectueusement nos amis des camps de réfugiés d’Aqbat Jabr ou de Deisheh.

Pour certains d’entre nous, tu étais un camarade de syndicat, d’abord à la FSU, puis, passé à Sud Éducation Franche-Comté dont les orientations internationalistes et solidaires correspondaient mieux aux tiennes, tu as pris les responsabilités de la trésorerie pendant de longues années. Élu et constamment réélu par tes collègues au Comité technique de l’ENSMM, tu t’y présentais comme tête de liste commune SUD-FSU. Des Ponts, pas des Murs, y compris au travail…

Depuis longtemps déjà, en effet, tu te préoccupais de solidarité internationale avec les victimes de persécutions et de l’accueil des réfugiés sur le sol de notre pays : dès 1994-95, dans le sillage de Pierre Bourdieu, tu avais créé à Besançon le CISIA, Comité International de Solidarité avec les Intellectuels Algériens victimes de la furie meurtrière des Islamistes intégristes. La France refusait de leur délivrer des visas pour qu’ils puissent se réfugier de l’autre côté de la Méditerranée ; c’était intolérable pour toi. Il te fallait agir.

La suite logique de cette bataille politique et juridique pour défendre les droits des Algériens à venir et obtenir l’asile en France, c’est le CDDLE : tu crées, avec des militants de plusieurs organisations et associations, le Collectif de Défense des Droits et Libertés des Etrangers en 1997, dans le but de combattre les lois racistes et d’aider les personnes étrangères à faire valoir leurs droits face à l’Administration d’État. Ceux qui fuyaient la  Bosnie et le Kosovo après les guerres des Balkans, par exemple, pourront ainsi trouver un appui à leur difficile parcours pour obtenir un titre de séjour.

Le CDDLE, pour toi, c’est un parcours de vie et tu en es resté le président, le militant assidu, malgré toutes les limites que t’imposait la maladie. Nous voulons t’en remercier et te dire notre admiration de ne jamais avoir abandonné ce Collectif qui a tendu la main et soutenu tant de personnes dans leurs difficultés à vivre ici et à y trouver leur place.

Je pense en particulier à Siva, le vendeur de roses Indien, que tu as défendu et dont tu as tenté d’empêcher l’expulsion avec toute l’énergie et la détermination qui te caractérisaient.

Dans le sillage du CDDLE, c’est aussi le RESF, Réseau Éducation Sans Frontières, que tu contribueras à animer localement pour défendre la régularisation des familles dont les enfants sont scolarisés : parrainages mixtes citoyens/élus locaux et manifestations mettront en avant la problématique des familles en danger d’expulsion.

Les Cercles de Silence, qui ont longtemps réuni jusqu’à plus de 100 personnes chaque premier samedi du mois à Besançon, sont aussi ton œuvre pour « changer la politique migratoire en France et en Europe », « changer le regard sur les migrants ».

Pendant tout ce temps, la mémoire du martyre des Algériens en France ne te lâche pas. 17 octobre 1961, massacre perpétré à Paris par les sbires du préfet Papon contre des centaines de travailleurs immigrés descendus des banlieues pour dire pacifiquement leur volonté d’Indépendance. Au début des années 2000, tu seras l’un des initiateurs du rassemblement annuel bisontin, sur le pont Battant, chaque 17 octobre, pour honorer leur mémoire et pour que notre République d’aujourd’hui n’oublie pas sur quels crimes d’État elle est assise. Qu’on n’oublie pas non plus « l’autre 8 mai 1945 » à Sétif, à Guelma, à Kherrata, dans le Constantinois, les massacres perpétrés par l’armée française et des milices sur des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants.

Ton Algérie, c’est encore celle des Aurès, celle des Chaouis si chère à Germaine Tillion, l’ethnologue, la Résistante, et à Claude Cornu, le soldat-appelé qui refusa de porter les armes et préféra faire la classe aux enfants. L’association A la Rencontre de Germaine Tillion allait naître de ton amitié pour Djemaâ Djoghlal, fille des Aurès, et qui fut, selon ton expression « l’âme du CISIA ».

Dans ton esprit, il y a place aussi pour d’autres causes justes : sur une autre rive de la Méditerranée, la Palestine et son peuple enfermé derrière des barbelés et aujourd’hui des centaines de kilomètres de Mur. Tu as fait le voyage dès 1983, bien avant les accords d’Oslo qui enterreront le droit au retour des Réfugiés palestiniens sur leurs terres d’avant 1948 et entérinent la séparation de Gaza l’emprisonnée de la Cisjordanie hérissée de colonies israéliennes. D’abord militant à l’AFPS, Association France-Palestine Solidarité, fondée en 2001, tu rejoindras l’association Palestine-Amitié, à sa création en 2010, dont tu seras un membre actif (ses affiches de l’époque sont signées de ta main).Tu regrettais ne pouvoir t’y investir plus, mais tu as refait le voyage vers Jéricho, Jérusalem, Bethlehem et Hébron, en 2010, puis en 2011 avec Sarah, à qui tu as insufflé une belle passion pour la Palestine libre !

Car toutes tes convictions, tu savais les diffuser et les partager, homme de media que tu étais. Ta porteuse de voix à toi a d’abord été Radio 25, fondée en 1977 avec quelques autres partisans des « radios libres » (comprenez interdites d’émettre librement, et donc pourchassées par la police de Giscard) ; vous aviez 20 ans ou un peu plus, vous n’en pouviez plus de l’ORTF – voix de son maître, tu maîtrisais la technique, solide formation à l’ENSMM oblige, Françoise faisait le guet, votre enthousiasme faisait le reste.

L’impertinente radio pirate deviendra Radio Bip en 1981, quand Mitterrand légalisera les radios « libres ».

A propos de Tonton, lui aussi est mort un 7 janvier, 25 ans avant toi. Ironie de l’Histoire…

Mais ce long curriculum ne résout pas la question qui demeure, Jean-Jacques : où puisais-tu cette formidable énergie qui, chez toi, transformait une cause en combat ?

Que ce soit le Maroc des opposants à Hassan II, l’Irlande du Nord et ses militants Républicains martyrisés par l’occupant anglais, l’Algérie combattant pour sa liberté ou contre l’effacement de la mémoire, la Palestine et son droit à la terre, le droit des étrangers à construire leur vie ici et à y trouver asile, rien de ce qui portait atteinte à la fraternité des êtres humains et à leur dignité ne te laissait indifférent.

Et cette constance de ton engagement, tu ne la concevais pas en dehors d’un cadre collectif, tu cherchais toujours à la conjuguer avec ceux qui partageaient ton indignation, ta révolte, par-delà les clivages partisans. C’est ce qui fait que nous sommes si nombreuses et nombreux à t’avoir rencontré et apprécié, si nombreuses et nombreux à avoir voulu partager ce moment de recueillement et d’hommage aujourd’hui, autour de Françoise et Sarah, les femmes de ta vie, « mes danseuses », comme tu disais.

Nous le partageons aussi avec ton père, trop éloigné pour se trouver ici, et ton frère.

A toutes et tous, la famille, les amis, nous voulons dire ce que Jean-Jacques nous a donné, sa disponibilité, sa bonté, sa force de vie, son extraordinaire capacité à porter les combats ; JJ, c’était un laboureur, un tisserand, un semeur de graines, un passeur patient, bienveillant, humble. Et un sourire, un éclat de rire qui résonneront longtemps dans nos têtes.

Salut et fraternité, JJ,

ton esprit espiègle continue de nous accompagner, en particulier dans ce Collectif qui est aussi ton œuvre et que tu nous laisses en partage : Solmiré.

Chanson naïve, du poète palestinien Mahmoud Darwich, traduit par le poète marocain Abdellatif Laâbi, que Jean-Jacques avait invité à Besançon dans le cadre du CISIA

Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l’ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l’espoir
A quoi servirait le printemps clément
S’il ne tenait compagnie aux morts, s’il n’accomplissait,
Après eux, la joie de vivre et l’éclat de l’oubli ?

Contrôles : ce que les forces de l’ordre ont le droit (ou pas) de faire

à retrouver sur le site de France inter à l’adresse suivante: https://www.franceinter.fr/controles-ce-que-les-forces-de-l-ordre-ont-le-droit-ou-pas-de-faire#xtor=CS1-901

par Ariane Griessel, Lorélie Carrive mis à jour le 1 avril 2020 à 8h56 | publié le 1 avril 2020 à 6h01

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de regarder ce qu’il y a dans mon cabas ? Est-ce à eux d’évaluer ce qui est ou non de première nécessité ? Ont-ils le droit de me raccompagner chez moi ?

Ils sont chargés de veiller au bon respect des mesures de limitation de nos déplacements :  sur l’ensemble de la France, policiers et gendarmes ont déjà dressé quelque 359 000 procès verbaux pour non respect du confinement, a annoncé ce mercredi 1er avril le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. 

Mais dans le même temps, des témoignages ubuesques fleurissent sur les réseaux sociaux, dénonçant des contrôles jugés abusifs. Bien qu’appelés à faire preuve de « discernement », certains membres des forces de l’ordre profiteraient-ils du flou généré par cette situation nouvelle pour abuser de leur autorité ? Tour d’horizon de ce qui leur est permis de faire, et de ce qui ne l’est pas.

Policiers et gendarmes ont-ils le droit de regarder ce qu’il y a dans mon cabas/sac/chariot ?

Comme le rappelle l’Observatoire parisien des libertés publiques dans un document très étayé, un policier ou un gendarme n’a pas le droit de vous fouiller d’office, ni même d’inspecter vos affaires : pour contourner cet obstacle, les forces de l’ordre vous demanderont donc d’ouvrir vous-même votre sac, ou de sortir les objets contenus dans vos poches. 

Dans la situation où vous venez de faire des courses par exemple, vous êtes alors tenu de présenter le contenu de vos sacs, « afin de justifier votre achats de produits de première nécessité », nous explique-t-on sur le tchat spécialement mis en place par la police nationale le temps de la crise sanitaire. 

Est-ce à eux d’évaluer ce qui est ou non de première nécessité ?

Cette observation amène à une autre question : qu’est-ce qu’un produit de « première nécessité »

Le décret publié au Journal officiel ne précise pas ce point. Nous avons donc de nouveau posé la question sur le tchat de la police nationale. Voici la réponse obtenue : 

« La vérification des denrées alimentaires et la désignation des biens de première nécessité sont des critères subjectifs et incontrôlables. Il suffit de présenter son attestation correspondant au motif de la sortie temporaire du confinement et de l’achat de denrées »

Pédagogie entre continuité et discontinuité

Lien vers un article du blog de « LIBERATION », https://blogs.mediapart.fr/pedagogie-en-temps-de-confinement/blog/070420/pedagogie-et-confinement-entre-continuite-et-discontinuite 

Retrouvez ici certains des premiers paragraphes :

« L’irruption de cette pandémie, qui est un trauma à l’échelle mondiale, a ouvert une période marquée par trois caractéristiques :

• L’incertitude : selon Janine Puget, psychanalyste argentine, nos vies sont régies par ce qu’elle nomme le « principe d’incertitude […] qui inclut l’imprévisible comme prévisible ». Ce principe qui, pour elle, caractérise les liens dans la mesure où toute rencontre reste imprévisible est aujourd’hui le trait caractéristique de ce moment historique. Il nous faut donc faire avec le manque de certitudes : tous nos savoirs sont impuissants pour éviter cette incertitude qui suscite de l’angoisse pour tous – enfants, adolescents et adultes. Apprendre à tolérer la peur et l’incertitude est un des enjeux de l’éducation à l’heure du confinement.

• La perte et le manque : paraphrasant toujours J. Puget, il nous semble qu’il faut faire aussi avec ce sentiment que le monde que nous avons perdu ne nous reviendra plus, sans savoir ce que nous allons perdre. Nous devons faire face à un excès de pertes : il s’agit bien sûr de la perte des malades qui disparaissent et que nous ne reverrons plus, ceux dont le nombre rythme les nouvelles quotidiennes. Parmi ces pertes, nous comptons aussi une partie de nos libertés et l’ordinaire de nos vies. Nos vies quotidiennes d’aujourd’hui sont radicalement différentes et marquées par une forme inattendue du manque.

• La discontinuité est le troisième trait caractéristique de cet événement qui introduit une rupture historique entre passé et présent. La discontinuité concerne aussi les liens que chacun a établis avec les autres, comme le propose J. Puget, mais les modalités de la discontinuité sont modifiées. Dans le champ éducatif, la mise en place massive d’enseignements à distance, pour assurer la continuité pédagogique, transforme les liens éducatifs. Les élèves ont vécu une rupture des liens avec leurs enseignants et avec les autres élèves de leurs classes. Il en est de même à tous les degrés du système éducatif. L’absence d’une coprésence en groupe est un autre élément de discontinuité. D’ordinaire, les élèves et les étudiants apprennent en situation groupale. Avec l’enseignement à distance tel qu’il s’est mis en place dans l’urgence, chacun est seul devant son écran, en dehors d’un groupe. »

« Plus jamais ça ! »

« Plus jamais ça ! Préparons le ‘jour d’après' », 18 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur franceinfo.

Face à « la crise du coronavirus » des organisations syndicales, associatives et environnementales réclament « de profonds changements de politiques », pour « se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde ».

En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des « décisions de rupture » et à placer « des services (…) en dehors des lois du marché ». Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde.

Dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des populations celle des personnels de la santé et des soignant·e·s parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en œuvre, et ceci doit largement prévaloir sur les considérations économiques. Il s’agit de pallier en urgence à la baisse continue, depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les établissements de santé, dont les hôpitaux publics et les Ehpad. De disposer du matériel, des lits et des personnels qui manquent : réouverture de lits, revalorisation des salaires et embauche massive, mise à disposition de tenues de protection efficaces et de tests, achat du matériel nécessaire, réquisition des établissements médicaux privés et des entreprises qui peuvent produire les biens essentiels à la santé, annulation des dettes des hôpitaux pour restaurer leurs marges de manœuvre budgétaires… Pour freiner la pandémie, le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai stoppées. La protection de la santé et de la sécurité des personnels doivent être assurées et le droit de retrait des salarié·e·s respecté.

Des mesures au nom de la justice sociale nécessaires

La réponse financière de l’État doit être d’abord orientée vers tou·te·s les salarié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur d’activité, et discutée avec les syndicats et représentant·e·s du personnel, au lieu de gonfler les salaires des dirigeant·e·s ou de servir des intérêts particuliers. Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut interdire tous les licenciements dans la période. Les politiques néolibérales ont affaibli considérablement les droits sociaux et le gouvernement ne doit pas profiter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait craindre le texte de loi d’urgence sanitaire.

Le néolibéralisme, en France et dans le monde, a approfondi les inégalités sociales et la crise du coronavirus s’abattra notamment sur les plus précaires.Les signataires de la tribune

Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade ou non, plus ou moins âgé, les conditions de confinement, les risques de contagion, la possibilité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes. Des mesures supplémentaires au nom de la justice sociale sont donc nécessaires : réquisition des logements vacants pour les sans-abris et les très mal logés, y compris les demandeurs·euses d’asile en attente de réponse, rétablissement intégral des aides au logement, moratoire sur les factures impayées d’énergie, d’eau, de téléphone et d’internet pour les plus démunis. Des moyens d’urgence doivent être débloqués pour protéger les femmes et enfants victimes de violences familiales.

Les moyens dégagés par le gouvernement pour aider les entreprises doivent être dirigés en priorité vers les entreprises réellement en difficulté et notamment les indépendants, autoentrepreneurs, TPE et PME, dont les trésoreries sont les plus faibles. Et pour éviter que les salarié·e·s soient la variable d’ajustement, le versement des dividendes et le rachat d’actions dans les entreprises, qui ont atteint des niveaux record récemment, doivent être immédiatement suspendus et encadrés à moyen terme.

Trop peu de leçons ont été tirées de la crise économique de 2008.Les signataires de la tribune

Des mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de désarmer les marchés financiers : contrôle des capitaux et interdiction des opérations les plus spéculatives, taxe sur les transactions financières… De même sont nécessaires un contrôle social des banques, un encadrement beaucoup plus strict de leurs pratiques ou encore une séparation de leurs activités de dépôt et d’affaires.

Des aides de la BCE conditionnées à la reconversion sociale et écologique

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une nouvelle injection de 750 milliards d’euros sur les marchés financiers. Ce qui risque d’être à nouveau inefficace. La BCE et les banques publiques doivent prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes publiques. Celles-ci vont fortement augmenter à la suite de la « crise du coronavirus ». Elles ne doivent pas être à l’origine de spéculations sur les marchés financiers et de futures politiques d’austérité budgétaire, comme ce fut le cas après 2008.

Cette crise ne peut une nouvelle fois être payée par les plus vulnérables.Les signataires de la tribune

Une réelle remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l’évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive.

Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques. Les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises doivent être conditionnées à leur reconversion sociale et écologique : maintien de l’emploi, réduction des écarts de salaire, mise en place d’un plan contraignant de respect des accords de Paris… Car l’enjeu n’est pas la relance d’une économie profondément insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter que les travailleurs·euses et les populations précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes… 

Relocalisation de la production

La « crise du coronavirus » révèle notre vulnérabilité face à des chaînes de production mondialisée et un commerce international en flux tendu, qui nous empêchent de disposer en cas de choc de biens de première nécessité : masques, médicaments indispensables, etc. Des crises comme celle-ci se reproduiront. La relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et d’enclencher une transition écologique et sociale des activités. 

La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le cadre d’instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les plus puissants. De ce point de vue, la « crise du coronavirus » dévoile à quel point la solidarité internationale et la coopération sont en panne : les pays européens ont été incapables de conduire une stratégie commune face à la pandémie. Au sein de l’Union européenne doit être mis en place à cet effet un budget européen bien plus conséquent que celui annoncé, pour aider les régions les plus touchées sur son territoire comme ailleurs dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, notamment en Afrique.

Tout en respectant le plus strictement possible les mesures de confinement, les mobilisations citoyennes doivent dès à présent déployer des solidarités locales avec les plus touché·e·s, empêcher la tentation de ce gouvernement d’imposer des mesures de régression sociale et pousser les pouvoirs publics à une réponse démocratique, sociale et écologique à la crise.

Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre « jour d’après ». Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral.

L’épreuve municipale, un tournant à négocier ( C Autain et E Faucillon)

Ce week-end, le premier tour des élections municipales risque d’avoir des allures contradictoires. Selon un sondage Ifop, 28% des Français seraient prêts à ne pas se déplacer pour cause de coronavirus, ce qui pourrait modifier les coordonnées du scrutin. Alors, à quoi peut-on s’attendre ?

Une raclée électorale pour la macronie est à portée de main. Il est frappant de voir que le « nouveau monde » se révèle pour de qu’il est, un alliage de vieilles recettes et d’ancrage à droite toute. Il est notable que ce soit souvent des maires LR qui ont hérité du label LREM. La tour d’ivoire dans laquelle s’est retranché le pouvoir en place n’est pas un repli convaincant pour renouveler avec la confiance des électeurs. Fait symptomatique, Édouard Philippe, pourtant ancien maire du Havre, est en difficulté dans son ancien bastion face à Jean-Paul Lecoq, candidat communiste prêt à lui ravir la mairie en conduisant une liste de large rassemblement. Après le 49.3, le Premier ministre dévisse dans les sondages. Quant à Paris, la campagne d’Agnès Buzyn n’atteste pas d’une grande forme dans cette ville où le potentiel LREM est pourtant très fort… Bien que réjouissante, cette possible claque électorale pourrait être gâchée par le score du Rassemblement National. La formation d’extrême-droite, élections après élections, cultive son implantation locale et menace de s’appuyer sur davantage d’élus municipaux. Une majorité de la population (56%) pense désormais que son arrivée au pouvoir est possible. Les prophéties auto-réalisatrices des années précédentes nous avaient déjà embarqués dans un deuxième tour quasi obligatoire face à Marine Le Pen. Cette ascension dit l’urgence à bâtir une alternative émancipatrice face au duopole Macron/Le Pen.

Malgré les nombreuses expériences de rassemblement au sein de la gauche et des écologistes, c’est l’éclatement qui domine. Les combinaisons sont si multiples qu’il est bien difficile de s’y repérer. Il n’y a pas lisibilité nationale, les résultats seront d’ailleurs plus longs et plus difficiles à analyser. Réjouissons-nous que la composante citoyenne soit à l’honneur dans cette élection. Elle confirme l’immense demande d’implication qui ne cesse de s’exprimer dans notre société, sous fond pourtant d’une terrible crise de confiance dans nos institutions. Malheureusement, chaque formation politique à gauche a tout de même voulu miser avant tout sur un succès personnel dimanche, comme si cela éclairerait automatiquement le champs politique pour 2022, l’épreuve municipale passée. EELV espère une vague verte et n’a, pour l’essentiel, accepté de rassemblement que derrière une candidature de sa propre formation. Le PS croit pouvoir sortir de ses décombres à l’occasion de cette élection locale où il compte un nombre significatif de sortants. À l’inverse, la FI n’a pas de maillage municipal constitué : elle ne peut donc, presque mécaniquement, sortir que renforcée en nombre d’élus– ne doutons pas que les insoumis sauront valoriser leur percée. Enfin, les communistes doivent relever le défi de conserver leurs derniers bastions historiques pour escompter ne pas plonger plus avant dans le déclin. De Génération.s à Place publique, d’Ensemble à la Gauche Républicaine et Socialiste, il reste encore de petites organisations qui, en général, sont venues prêter main forte à des configurations unitaires. Bien malin qui peut y voir clair dans ce paysage atomisé…

La période de l’après-municipale sera ainsi cruciale pour notre camp social. Le double défi qui s’impose scellera la possibilité en 2022 d’en finir avec Macron et son ticket gagnant qu’est Marine Le Pen. Conjurer l’avènement des égos et le spectre de la division ne sera pas une tâche facile, et reposera autant sur la capacité de se rassembler que de faire émerger un projet commun sur lequel peut reposer une telle tentative. L’ébullition sociale et écologique du pays nous rappelle chaque jour l’immense potentiel d’une option radicale de transformation que nous portons à gauche mais de façon encore trop dispersée. Nous n’avons plus le droit à l’erreur, avant la ligne droite de la présidentielle. Un tournant est à négocier, serrons à gauche ! Vertement !

Ensemble! appelle les électrices et électeurs

Ensemble! (Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire) constate la présence de plusieurs listes de gauche pour l’élection municipale à Besançon. Au moment où de nombreux mouvements sociaux montrent une implication citoyenne importante, Ensemble! rappelle que l’objectif doit être une démocratie authentique au service d’objectifs sociaux et écologiques bénéficiant en premier lieu à celles et ceux qui vivent du fruit de leur travail et pas à celles et ceux qui « parasitent » la société.
L’élection municipale est l’échéance électorale qui permet de s’impliquer en politique au plus près des préoccupations des citoyen·ne·s. Des membres d’Ensemble ! se sont impliqués, soutiennent ou font campagne pour les listes conduites par Anne Vignot ou Claire Arnoux.
Dans cette configuration de concurrence à gauche Ensemble! appelle les électrices et électeurs à se mobiliser contre les listes qui se situent à droite (afin qu’elles n’aient aucune perspective de gagner la ville) et à voter le 15 mars pour les listes de gauche (Besançon par Nature, Besançon Verte et Solidaire et Faire entendre le camp des travailleurs).

vendredi 7 février, 18h30, place du 8 septembre, Besançon, « Promenade de santé »

« Promenade de santé », marchons tous ensemble jusqu’à l’Agence Régionale de Santé
Rassemblement vendredi 7 février, 18h30, place du 8 septembre, Besançon, pour se rendre devant l’ARS (Agence régionale de Santé) pour les prises de parole
Organisé par les coquelicots de Besançon et de Franche-Comté !

La lutte du mouvement est de faire interdire l’utilisation de tous les pesticides de synthèse. Évidemment, nous appuyons et accompagnons. La dernière cible : les SDHI qui sont des fongicides qui étouffent les cellules des champignons. Le principe de précaution vient d’être demandé dans une tribune de chercheurs dans le journal Le Monde vu la dangerosité de ces produits.

France-débat. Une mobilisation, la comprendre et l’aider à gagner (Alencontre le 06/02/2020)

Publié par Alencontre le 6 – février – 2020

Par Pierre Cours-Salies

Le mouvement contre la réforme des retraites suscite des analyses pendant qu’il continue. C’est bon signe! Ce texte est commencé au moment où les médias s’acharnent à dénoncer «la radicalisation» et «le reflux» ; mais, trois jours après, le Conseil d’Etat met en doute la validité de l’étude de «pré-impact» faite par le gouvernement. Autant dire que nous devons être critiques devant l’usage du concept d’«échec» à son sujet [1], même s’il traduit une compréhension de sa première phase.

Il ne faut pas se contenter de la référence à d’autres mouvements antérieurs: il y a des cycles de mobilisation. Un véritable échec, écrasant pour la suite, c’aurait été trois petites (ou ‘grandes’) «journées» de pression, suivies de fausses concessions, et le relais des forces politiques tâchant de faire des contrepropositions «réalistes» en vue de jouer leur rôle lors des échéances électorales. Telle est la voie de l’échec, répété depuis plus de vingt ans, 1995, 2003, 2010… Surprise pour beaucoup, cette «stratégie» est mise en échec, par plusieurs aspects.

Une surprise surprenante…

Le point d’affirmation de cette mobilisation, qui rejette toute la politique gouvernementale actuelle et en même temps tout ce qui a été hérité depuis Nicolas Sarkozy (2007-2012), ne vient pas d’une intersyndicale qui l’aurait préparée dès l’origine. Il a fallu la décision d’appeler à la grève par les syndicats de la RATP, et l’ensemble des autres s’y est accroché. D’où l’impression que la grève de la RATP, rejointe par les cheminots (SNCF), avait le rôle décisif. On mesure aujourd’hui que les grévistes de la RATP peuvent adapter leur tactique dans la durée, – «jusqu’au retrait!» –; sans doute aussi faut-il abandonner une description d’avant-hier (1995) au sujet de la «grève par procuration», qui était une image journalistique plus qu’une analyse concrète.

Comment expliquer qu’il ait fallu attendre la journée RATP du 5 décembre 2019, suivie d’un tel essor de la mobilisation? Tentons une hypothèse: une très grande partie de militant·e·s, assez démoralisé·e·s, pensaient que ce projet de Macron devait être combattu. Mais, les organisations politiques ne disaient pas grand-chose et les directions syndicales montraient leur crainte d’une mobilisation qui serait un nouvel échec; la question semblait posée dans les termes du «temps qu’il faudrait, patiemment, pour reconstruire une capacité d’action collective… ». Avec, sur son propre chemin, la mobilisation dans la santé… Toutefois, les mobilisations qui étaient en train de tourner en rond entre forts mécontentements et crainte que leurs luttes soient par avance battues, ont perçu la portée d’un tel mouvement dans les transports, comme gage d’efficacité. S’il faut se garder de l’idée que des millions de femmes et d’hommes étaient «l’arme au pied» pour en découdre avec Macron et son monde, il faut toutefois constater la force de cette action collective qui a passé la période des fêtes en déjouant même les tentatives de division hypocritement amplifiées par Laurent Berger [2], qui a tout de même osé «appeler à une trêve» pour une grève à laquelle il n’appelait pas. Pour placer un repère, soulignons que la conscience de classe des «gens de la moyenne» est politique et nous en avons une illustration frappante. Dans le marasme politico-social actuel, depuis des années, les études d’opinion font apparaître que 60% au moins de la population (en France et au-delà) juge que le capitalisme est incapable de résoudre les problèmes actuels. Et sensiblement autant disent aussi qu’ils ne savent pas quelles solutions seraient possibles. Tel est le résultat d’une absence de discussion politique mettant la suite des luttes en perspective au moment de la Chute du Mur, suivie de l’effondrement de l’ex-URSS. Etait-ce un «Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré» que les travailleurs auraient désavoué au profit des principes de liberté et d’égalité du monde occidental? Ou bien était-ce une dictature bureaucratique dont les couches dirigeantes étaient dans la situation des appareils d’Etat des «despotismes asiatiques», selon l’analyse marxiste de Georg Lukacs avant 1968 [3]? Cette relative «aphasie» des forces politiques, socialistes, communistes ou de la gauche radicale n’aide pas à avoir une discussion ouverte et la multiplication de petits groupes tenant à une particularité d’idée joue un rôle d’amplificateur du marasme politique.

Cette toile de fond pèse beaucoup sur les couches militantes, malgré leur volonté de résister aux politiques du capitalisme d’aujourd’hui. On ne peut pas ignorer cette réalité qui fait la situation instable, entre les rejets des maux du néolibéralisme et le silence des forces politiques sur les questions essentielles. L’état du monde sur le plan écologique est «la barbarie», en progrès sous nos yeux. Il suffit de voir les images de l’Australie et le semi continent de déchets plastiques sur l’Atlantique, le retour des risques de guerre nucléaire, des centaines de millions de personnes «en migrations», des refus du droit des femmes à disposer de leurs corps: ce système détruit et il n’y a pas de voix politique qui porte pour dire l’équivalent du «socialisme ou barbarie», actualisé après le 20e siècle.

La mise en cause des principes de l’égalité sociale, sur lesquels nous pensions notre continuité et notre espace de relative sécurité, s’est manifestée depuis des années. On ne peut pas dire qu’une «sensibilisation» était nécessaire pour rejeter le projet, même si sournoisement le monde de Macron avait prévu de tirer argument des inégalités et des injustices des retraites réellement existantes.

Avant même le 5 décembre, la journée de manifestation avait des suites annoncées, un soutien massif de 70 à 80% de la population, méfiante, n’ayant aucune idée positive des projets de «réforme». Il a fallu quelques jours pour que le climat change; un indice supplémentaire cerne une analyse concrète: la faiblesse militante laissait le référendum contre la privatisation d’ADP (Aréoports de Paris) avancer à un tout petit rythme. Et ce sont les mêmes forces militantes qui entrent dans une action de masse! Un «tous ensemble» un jour permettait deux choses: vérifier que les mécontentements exprimés sur les réseaux d’échanges interindividuels se retrouvaient vraiment, visibles. Après les défaites de ces dernières années et avec l’exemple des Gilets Jaunes, il fallait que se cristallise dans les rangs militants une impression de pouvoir gagner, de contraindre le gouvernement à donner des garanties ou à retirer son projet. La démoralisation était forte, et la voilà qui tend à disparaître. Macron s’était lourdement trompé sur ce point, croyant la conscience de classe réduite à peu: à trop écouter les conseillers nourris aux pensées du think-tank Terra Nova (pour les plus à gauche!) ou des conseillers des grands de Davos, de la Banque-Assurance…Il avait fini par projeter son succès à partir d’une erreur d’analyse.

Remarquons à quel point les choix de discussion publique du gouvernement ne s’adressaient pas sérieusement à ceux qui s’opposaient, comme si le passage en force contre le Code du Travail de la loi «travaille et tais-toi» [dite aussi loi Pénicaud, ministre du Travail, promulguée en septembre 2017], puis la réforme de la SNCF, se situaient dans un passé oublié et digéré. Il y a des failles, on le sait, dans la formation des énarques… Tel cet oubli, de leur part, des 75 à 80% qui soutenaient les manifestations de 2016 et 2017; un jugement étroit sur la faible politisation des Gilets Jaunes… Après deux ans de rencontres lénifiantes avec un agent de la droite [4], ministre de Chirac puis de Raffarin, qui paraissait aussi rassurant qu’un agent d’assurance, et que personne n’avait démasqué comme servant les «fonds de placements», terme français pour dire «fonds de pensions» sans en avoir l’air, le gouvernement était rassuré et confiant (sic !)…

Une telle bévue du pouvoir donne place à une question: le gouvernement avait-il perçu que la conscience de classe des précaires comme des salarié·e. s·n’était pas du tout au niveau des résultats misérables que les organisations politiques de gauche avaient obtenu aux européennes (au plus 13% du corps électoral avec six listes dont celle de Jadot [5])? Que la colère était mobilisable. Et, pour mieux comprendre, voyons-le, les dirigeants des forces politiques de la gauche n’avaient pas non plus compris qu’elles devaient mettre en chantier un véritable débat public sur l’avenir des retraites afin de conserver en le corrigeant un système solide mais comportant de gros défauts.

Cependant, la lutte des Gilets Jaunes avait marqué les esprits parmi les salarié·e·s de la RATP, et donné l’idée qu’il était possible de ne pas attendre «les échéances institutionnelles» pour en découdre et faire reculer le gouvernement. Par leur lutte, durant les mois de 2018-2019, la ténacité des Gilets Jaunes avait démontré qu’il y avait moyen de se faire entendre par l’action collective. Leur emboîter le pas commençait à dépasser la seule question de solidarité de principe. Puis, la piteuse révélation des liens entre le Commissaire Jean-Paul Delevoye et les cadres de l’Assurance venait démontrer que «les discussions» avaient eu lieu depuis deux ans sous contrôle des ennemis de la Protection sociale. Au moment où les failles dans les garanties du projet alimentaient la discussion publique, cette «révélation» – ce qu’on appelle conflit d’intérêts pour ne pas dire relations stables de corruption – a mis en lumière quel pouvoir devait servir ce projet. Rappelons, sobrement, qu’Emmanuel Macron, dans son Révolution [6], exprimait l’opportunité offerte à chacun de devenir entrepreneur, de se libérer des contraintes, en s’érigeant contre les professions réglementées et les corps intermédiaires.

Des racines deviennent visibles

Un des axes du projet «macronien» est en réalité de remodeler, de façon soigneuse, les contours des classes. Un de ses zélés soutiens a d’ailleurs souligné cet enjeu [7]. Si l’égalité subsiste, «elle a changé de signe: de sociale et protectrice, elle est devenue libérale et émancipatrice» (p. 53). Illustration de l’hommage rendu par ces gestionnaires de la «gouvernance», il invite la CFDT à pousser plus loin son évolution, «qu’elle devienne enfin l’animation de la prise en charge de la diversité des attentes individuelles». Il faudrait «recomposer les relations sociales autour de la seule personne privée […] : c’est le moment de passer de l’égalité sociale à l’égalité libérale».

Un autre fil conducteur

Ces discours hypocrites, qui avaient suscité la rage des Gilets Jaunes, donnent une logique très politique au cycle des luttes qui a fini par se manifester, et explique en partie le mouvement en cours contre la réforme des retraites.

Nous trouvons donc, ainsi, des mobilisations depuis celles à base syndicale de 2016 et 2017, durement réprimées avec les techniques épanouies contre les Gilets Jaunes; elles avaient été largement soutenues mais méprisées, ou négligées, par les appareils politiques soucieux de tourner les forces militantes vers leur(s) campagne(s) pour l’échéance électorale de la présidentielle [avril-mai 2017].

Après les échecs politiques, le mouvement des Gilets Jaunes a joué un rôle de rupture de la chaîne de domination avec laquelle le Président Macron voulait se légitimer: il a dû céder un tant soit peu, ouvrir le «Grand débat», mais fait tellement de répression que sa légitimité en soit usée. Plusieurs mois d’action ont eu cet effet, car la population a continué à exprimer sa sympathie pour les exigences populaires malgré des violences policières et des injustices de l’appareil judiciaire. Justice et respect, égalité et démocratie: les grands référents politiques n’étaient plus du côté de Macron et son monde bien avant le développement du mouvement pour le droit à la retraite. Il faut donc accepter de voir que ce mouvement ne se joue pas, pour le moment, dans la rapidité, mais au travers des contradictions et d’une extension des domaines dans la lutte. Une lame de fond se constitue et peut avoir les forces et la stratégie qui submergent les calculs élyséens. Au lieu de mots d’ordre pressés, répétitifs des tactiques de groupes «d’avant-garde» appelant tout de suite à une manifestation nationale à Paris, les actions, les succès partiels tel celui des pompiers, les mises en cause de députés, tout ce qui fait «tomber les masques» concourt à consolider le mouvement et à augmenter l’isolement du Pouvoir.

Il se produit ainsi un fait rare dans les luttes sociales: une consolidation des actions pour «résister», dire non, s’accompagne d’un progrès dans la compréhension des enjeux. Ainsi, au lieu de laisser croire à une simple attaque contre le pouvoir d’achat et les droits des plus pauvres, les véritables objectifs apparaissent et il s’agit de la destruction des droits sociaux permettant de résister à l’ordre mondial globalisé. Des documents se sont mis à circuler, qui ont précisé le projet politique auquel résister et à détruire. Ainsi Alain Supiot le fait avec la mise en évidence d’un texte de la Banque mondiale [8], qui depuis 1994 propose un modèle de système de retraite, une recette qui semble pouvoir s’appliquer aussi bien aux pays en voie de développement qu’aux pays industrialisés. La mise en place de systèmes de retraites à trois éléments repose sur un premier, qui a une minime fonction redistributive et prend en charge les pensions de retraites des personnes les plus pauvres, financé par cotisations sociales ou bien par l’impôt. Vient ensuite un deuxième étage, obligatoire, individuel ou professionnel, financé de fait par capitalisations individuelles (le projet par «points» acquis par chacun·e en est une illustration). Il est géré selon des critères actuariels; il oblige tous les individus à épargner pour payer leur retraite future, mais n’opère pas de redistribution et fait dépendre de la valeur du «point» au moment venu, en fonction du contexte international, de l’état des «affaires». Selon la Banque Mondiale, ce deuxième pilier obligatoire doit être suffisamment limité pour permettre l’expansion d’un troisième, privé et facultatif, fondé sur l’épargne volontaire, bénéficiant d’avantages fiscaux et devant permettre aux individus de choisir où et comment placer leur revenu tout au long de leur vie. Revoilà les «premiers de cordée» [salués par Macron] avec les moyens de placer leurs revenus tout au long de leur vie, d’autres niveaux de traitements dans les entreprises (publiques et privées), avec des avantages fiscaux…

La réforme des retraites vise à faire un pas décisif dans le reclassement pyramidal des fractions de classe parmi les couches qui vivent de la vente de leur force de travail, reconnue et payée, diversement garantie… Ceci illustre la «philosophie» du Président: «c’est le moment de passer de l’égalité sociale à l’égalité libérale».

Contre ce projet, faisons ce qu’il faut pour que les demandes d’un RIC (Référendum d’initiative citoyenne) ne soient pas «oubliées» en prétextant que ce mouvement était trop faible pour se faire entendre. Une démarche de Référendum d’Initiative Citoyenne peut se traduire par la préparation d’un référendum: une activité auto-organisée localement par les Gilets Jaunes, les syndicats, les associations, tous les militants et organisations politiques qui veulent savoir à quoi ils disent «non» et à quoi ils diront «oui». Au cours même des activités de mobilisations locales… A ces conditions, au lieu d’être un plébiscite entre les mains de la classe dominante, un référendum pourrait être une réelle expression qui rassemble l’immense majorité des gens de la moyenne.

Vers une action commune, des retraites à l’enseignement

Du côté de la jeunesse, les attaques politiques sont d’une ampleur comparable. Pour rendre les jeunes plus dépendants de ces calculs mercantiles sous couvert de «modernité», la volonté de Blanquer [9] (avec Macron) est de réaliser ce que Sarkozy avait annoncé: en finir avec le statut des enseignants de l’Education nationale, les rapprocher des contrats du privé. Il faut à leurs yeux réduire le plus possible le droit à des études libres, devenu une des caractéristiques de la jeunesse. Dès le «bac en continu» le but est d’insécuriser assez élèves et familles pour qu’une partie plus grande des jeunes se tourne vers des projets de pré-embauches chez des patrons, qui peuvent au demeurant prendre en charge, pour certains, les formations complémentaires spécialisées. Dépendance pour la suite, que ces Messieurs de la «Gouvernance» appellent « souplesse ».

Pour les universités – alors que le SNESUP (Syndicat national de l’enseignement supérieur), syndicat majoritaire, demande 6000 postes pendant dix ans pour rattraper de bonnes conditions de formation et de recherches – le gouvernement a préparé une Loi de programmation qui prévoit qu’une partie des maîtres de conférences seront dans un «statut d’excellence» avec des «contrats» renouvelables par «appels d’offres», les dispensant de tâches d’encadrement des étudiants… Un programme afin de réduire le droit de faire des études sauf «courtes» et de pré-embauches. Plus de plasticité avec «les innovations» disent-ils, et en fait soumission étroite de la recherche aux désirs des directions d’entreprises publiques ou privées [10].

Evidemment, cela peut sembler loin des questions de la retraite! Mais les jeunes craignent déjà de ne pas avoir droit à une véritable retraite. Et de devoir se rendre disponibles en permanence. Il faut, en plus, observer cette régression dictée par les Fonds de pension et les gouvernements au moment où les évolutions techniques pourraient permettre de travailler infiniment moins de temps [11], avec le droit à se former et à reprendre des études au cours de la vie de travail…

Pour schématiser, il est possible de dire: le néolibéralisme, actuellement, pousse les gouvernements à supprimer ou diminuer les libertés qui formaient un cadre de sécurité de vie. Celles-ci résultaient de la phase pendant laquelle les luttes de classe et les concessions auxquelles elles ont amené la bourgeoisie ont eu des effets positifs…

Somme toute, le droit à des études libres et le droit de vivre à la retraite en bonne santé sont attaqués l’un comme l’autre. Et il ne s’agit donc pas ici seulement d’une souhaitable «convergence des luttes»: il s’agit de prendre les moyens pour mettre un projet politique en échec.

Imaginons que l’ensemble des travailleurs/travailleuses et de la jeunesse, ayant compris qu’il faut refuser la loi sur les retraites quand elle viendra au vote de l’Assemblée, au printemps, puisse permettre une mobilisation à la hauteur de la crise politique à provoquer. Par exemple, devant les Préfectures et les sièges des députés des diverses droites, des rassemblements massifs, par département, se tiennent dès la veille de ce vote et paralysent le pays alors que le Parlement prétend décider. Cela peut se réaliser si existent des lieux de débats locaux du mouvement, en lien avec les grandes journées d’action et l’animation des Caisses de grève. «Retrait de la loi, référendum, et on est là pour l’obtenir …!» Quel député peut aller revoir ses électeurs ensuite? Sachons viser haut. Dissolution, dispersion du Parti de Macron, démissions… La crise politique peut être provoquée par l’action collective.

Organiser les discussions entre salarié·e·s, tenir des réunions d’une ou deux heures dans des entreprises, des sit-in, ou des initiatives de discussions sur des marchés, dans des cinémas de villes moyennes… Des retraites au flambeau aux rendez-vous pour un buffet ensemble, les liens et les réflexions qui se multiplient permettent de prévoir une participation pour de prochaines grandes dates: votes à l’Assemblée, etc. Le calendrier institutionnel s’étend jusqu’en mars ou en juin. Et un très grand nombre de personnes, sans appartenance organisationnelle en ce moment, peuvent se transformer en militant·e·s de la «résistance» définissant eux-mêmes leurs réponses, leurs «buts communs».

Et les partis politiques, dans cette analyse? Dans la construction de la mobilisation, s’ils veulent sortir de leur déclin, qu’ils participent à l’animation des assemblées locales comme celles souhaitées par les Gilets Jaunes avec le RIC! Cela ne se fera pas sans des transformations internes nécessaires… Et pour des alliances qu’ils passeraient, ouvertes à toutes celles et à tous ceux qui sont dans le mouvement, il leur resterait à s’exprimer clairement sur des engagements vraiment élémentaires, clairement résumés.

Du fait de la gestion mitterrandienne de 1981 et de ses suites: les mesures politiques de justice et de réparation pour éradiquer les restes postcoloniaux sont indispensables. Des lois imposant que les salaires des femmes soient égaux à ceux des hommes. L’annulation de toutes les mesures réactionnaires, toutes les injustices légalisées depuis les trois derniers présidents: contre les chômeurs, contre le droit au travail et le Code du Travail, contre les services publics, contre les libertés démocratiques… Et la mise en œuvre des revendications. Nous ne pouvons pas laisser faire comme si les mauvais coups passés étaient légalisés: d’où la recherche d’alliés qui s’engagent à combattre les politiques néolibérales.

Réorganisation des institutions… Dans la crise de confiance actuelle il faut discuter et faire reconnaître une analyse de l’appareil d’État et de la formation des «élites dirigeantes». Comme «toute l’organisation de la République tend […] à priver les masses des moyens propres à leur faire acquérir la connaissance des affaires et la pratique de la liberté», une «révolution démocratique» est nécessaire (Ferrat, 1945: 225-255) [12]. Toute la préparation des lois, avec les informations discutées, doivent-elles rester loin des discussions les plus larges? Peut-on faire confiance à l’Etat alors qu’en se contentant des règles parlementaires actuelles les députés sont plus souvent otages de questions biaisées? Pourquoi ne pas imposer, par réalisme afin d’éviter de se faire emprisonner dans les mailles des lobbys, que des conseils techniques consultatifs permanents élus parmi les spécialistes et des comités techniques consultatifs provisoires, avec des tirés au sort liés à des assemblées et activités locales, soient nommés pour l’étude d’une question? Et pour avoir une politique qui donne le temps de la démocratie, avant toute élection, discussion et suppression d’une partie des pouvoirs du Président au profit d’une majorité à l’Assemblée contrôlant Premier ministre, gouvernement et services de l’Etat…

L’ouverture du débat sur le changement des institutions… Ce mouvement pourrait aller jusque-là? On m’a dit que c’est peut-être optimiste. Mais pourquoi se contenter de ce que les membres de ce gouvernement pourraient «négocier»? Pourquoi ne pas voir que le cri «Macron démission» a un sens fort: il veut dire chassons la classe dominante et instaurons des règles démocratiques. (Article envoyé par l’auteur; il paraît dans la revue Les Mondes du Travail, en date du 6 février 2020, en ligne et en format papier https://lesmondesdutravail.net/)

Pierre Cours-Salies, sociologue, a été professeur à l’Université Paris 8 Saint-Denis.

Pour une vraie grève générale (Le Monde du 6 février 2020)

« Pour une vraie grève générale, il faut beaucoup plus de secteurs » : une 9e journée de manifestations contre la réforme des retraites

A Bordeaux, Paris, Toulouse et Marseille, les manifestants défilaient alors que la suite du mouvement sera décidée par les syndicats en fin de journée.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui (06/02/2020) à 10h42, mis à jour à 15h17

Temps de Lecture 4 min.

A Marseille, le 6 février. Daniel Cole / AP

« Retrait d’un projet injuste et dangereux ! » Depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites il y a deux mois, le mot d’ordre de la CGT, FO, Solidaires, de la FSU et d’organisation de jeunesse (UNEF, MNL, UNL) n’a pas changé. Tandis que le texte a démarré cette semaine son parcours à l’Assemblée nationale, les opposants au projet doivent descendre dans la rue jeudi 6 février.

A Paris, le cortège s’est élancé peu après à 14 heures de la Gare de l’Est pour rejoindre la place de la Nation. Selon nos journalistes sur place, le cortége semblait plus maigre que lors des précédentes journées de mobilisation.

A Montpellier, Nice, Béziers ou Sète, les manifestants ont commencé dès le matin à défiler. Ils étaient 4 500 à Marseille et 3 500 à Toulouse, selon des sources préfectorales, la CGT comptant de son côté 35 000 manifestants dans la « ville rose ». A Bordeaux, ils ont érigé un « mur du mépris » pour dénoncer la politique gouvernementale et la répression policière. Faite de parpaings, la barricade a bloqué l’entrée principale du rectorat. « C’est le mur du mépris, car on n’a aucune réponse de la part de notre ministère depuis plusieurs mois, plusieurs semaines », sur la réforme du bac et des retraites, a déclaré Jean-Pascal Meral (SNES-FSU).

A Nice, l’intersyndicale revendiquait 8 000 manifestants, tandis que les forces de l’ordre en décomptaient 1 600, selon Nice Matin. Une cinquantaine de pompiers en grève depuis juin se sont par ailleurs allongés sur les rails du tram, bloqué pour 24 heures comme la plupart des bus. « Même si on est peu, on restera », a assuré Benjamin Vuolo, 52 ans, élu du syndicat autonome des pompiers et engagé contre la réforme qui reporte leur âge de départ de 57 à 59 ans.

Lors du huitième appel à une journée interprofessionnelle le 29 janvier, la mobilisation avait marqué le pas, avec 108 000 manifestants en France selon le ministère de l’intérieur, contre 249 000 lors de la journée précédente, le 24 janvier.

Participation aux manifestations contre la réforme des retraites

La CGT n’a pas communiqué de chiffres nationaux pour la journée du 29 janvier.


Nombre de manifestants


Source : Le Monde


Lire l’analyse : Contre la réforme des retraites, la difficile mobilisation dans le privé

La suite du mouvement doit être décidée lors d’une réunion au siège de la CGT en fin de journée. « Le 17 février, premier jour de passage du texte dans l’hémicycle, est une bonne date pour un nouvel appel », a suggéré Eric Beynel, porte-parole chez Solidaires. Interrogé jeudi matin sur CNews, le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, a de nouveau dénoncé la réforme comme « une erreur historique ». Quant à la poursuite du mouvement, « évidemment c’est compliqué, le mouvement a été très long, le gouvernement est obstiné », mais « nous allons essayer de trouver des moyens » pour maintenir la mobilisation, a-t-il lancé.

Les travaux ont démarré cette semaine au sein de la commission spéciale de l’Assemblée nationale, qui doit examiner plus de 20 000 amendements, dont 19 000 des députés de la France insoumise (FI). La CFDT, favorable à un système « universel » par points, fait du lobbying auprès des députés pour améliorer les textes et a travaillé en ce sens sur des amendements, de même que la CFTC et l’UNSA. De son côté, Force ouvrière a écrit aux parlementaires pour qu’ils « n’approuvent pas » le projet de loi et qu’ils « demandent au gouvernement d’y renoncer ».

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Les secteurs maritime, de l’énergie et des déchets mobilisés

Dans la rue, des actions se sont poursuivies cette semaine, organisées notamment par des fonctionnaires (police scientifique, éboueurs, égoutiers…). Les avocats, en grève depuis un mois, ont été reçus une seconde fois cette semaine par le premier ministre, Edouard Philippe, et vont décider de la suite du mouvement vendredi.

Côté transports, le trafic sera normal à la RATP et devrait être peu perturbé à la SNCF, où seules quelques lignes du réseau Transilien (D, H, J et K) seront touchées par la grève, avec deux trains sur trois. Dans le secteur maritime, la CGT ports et docks a appelé à une nouvelle journée de grève, dite « opération ports morts ». Ces actions, récurrentes depuis plusieurs semaines dans les grands ports, ont été généralement très suivies.

Les salariés du secteur de l’énergie restent aussi mobilisés, notamment dans le traitement de déchets et le nucléaire. A la centrale de Penly (Normandie), où 83 % des salariés sondés ont voté contre la réforme, sept salariés ont reçu mardi la visite à leur domicile d’un huissier venu leur remettre une mise en demeure de libérer le site. Les syndicats CGT, FO, SUD nient toutefois tout blocage.

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Dans le secteur des déchets, les salariés des trois sites d’incinération d’Ile-de-France ont reconduit leur mouvement jusqu’à vendredi. La préfecture a réquisitionné des personnels pour gérer les stocks d’ordures et redémarrer un des fours, à Issy-les-Moulineaux. La métropole Aix-Marseille-Provence a annoncé mercredi soir qu’elle lancerait jeudi une procédure de réquisition de ses agents en grève, pour évacuer les 3 000 tonnes de déchets en souffrance dans les rues. Elle a dénombré une quarantaine de grévistes sur les 2 000 agents de la propreté.