vendredi 7 février, 18h30, place du 8 septembre, Besançon, « Promenade de santé »

« Promenade de santé », marchons tous ensemble jusqu’à l’Agence Régionale de Santé
Rassemblement vendredi 7 février, 18h30, place du 8 septembre, Besançon, pour se rendre devant l’ARS (Agence régionale de Santé) pour les prises de parole
Organisé par les coquelicots de Besançon et de Franche-Comté !

La lutte du mouvement est de faire interdire l’utilisation de tous les pesticides de synthèse. Évidemment, nous appuyons et accompagnons. La dernière cible : les SDHI qui sont des fongicides qui étouffent les cellules des champignons. Le principe de précaution vient d’être demandé dans une tribune de chercheurs dans le journal Le Monde vu la dangerosité de ces produits.

France-débat. Une mobilisation, la comprendre et l’aider à gagner (Alencontre le 06/02/2020)

Publié par Alencontre le 6 – février – 2020

Par Pierre Cours-Salies

Le mouvement contre la réforme des retraites suscite des analyses pendant qu’il continue. C’est bon signe! Ce texte est commencé au moment où les médias s’acharnent à dénoncer «la radicalisation» et «le reflux» ; mais, trois jours après, le Conseil d’Etat met en doute la validité de l’étude de «pré-impact» faite par le gouvernement. Autant dire que nous devons être critiques devant l’usage du concept d’«échec» à son sujet [1], même s’il traduit une compréhension de sa première phase.

Il ne faut pas se contenter de la référence à d’autres mouvements antérieurs: il y a des cycles de mobilisation. Un véritable échec, écrasant pour la suite, c’aurait été trois petites (ou ‘grandes’) «journées» de pression, suivies de fausses concessions, et le relais des forces politiques tâchant de faire des contrepropositions «réalistes» en vue de jouer leur rôle lors des échéances électorales. Telle est la voie de l’échec, répété depuis plus de vingt ans, 1995, 2003, 2010… Surprise pour beaucoup, cette «stratégie» est mise en échec, par plusieurs aspects.

Une surprise surprenante…

Le point d’affirmation de cette mobilisation, qui rejette toute la politique gouvernementale actuelle et en même temps tout ce qui a été hérité depuis Nicolas Sarkozy (2007-2012), ne vient pas d’une intersyndicale qui l’aurait préparée dès l’origine. Il a fallu la décision d’appeler à la grève par les syndicats de la RATP, et l’ensemble des autres s’y est accroché. D’où l’impression que la grève de la RATP, rejointe par les cheminots (SNCF), avait le rôle décisif. On mesure aujourd’hui que les grévistes de la RATP peuvent adapter leur tactique dans la durée, – «jusqu’au retrait!» –; sans doute aussi faut-il abandonner une description d’avant-hier (1995) au sujet de la «grève par procuration», qui était une image journalistique plus qu’une analyse concrète.

Comment expliquer qu’il ait fallu attendre la journée RATP du 5 décembre 2019, suivie d’un tel essor de la mobilisation? Tentons une hypothèse: une très grande partie de militant·e·s, assez démoralisé·e·s, pensaient que ce projet de Macron devait être combattu. Mais, les organisations politiques ne disaient pas grand-chose et les directions syndicales montraient leur crainte d’une mobilisation qui serait un nouvel échec; la question semblait posée dans les termes du «temps qu’il faudrait, patiemment, pour reconstruire une capacité d’action collective… ». Avec, sur son propre chemin, la mobilisation dans la santé… Toutefois, les mobilisations qui étaient en train de tourner en rond entre forts mécontentements et crainte que leurs luttes soient par avance battues, ont perçu la portée d’un tel mouvement dans les transports, comme gage d’efficacité. S’il faut se garder de l’idée que des millions de femmes et d’hommes étaient «l’arme au pied» pour en découdre avec Macron et son monde, il faut toutefois constater la force de cette action collective qui a passé la période des fêtes en déjouant même les tentatives de division hypocritement amplifiées par Laurent Berger [2], qui a tout de même osé «appeler à une trêve» pour une grève à laquelle il n’appelait pas. Pour placer un repère, soulignons que la conscience de classe des «gens de la moyenne» est politique et nous en avons une illustration frappante. Dans le marasme politico-social actuel, depuis des années, les études d’opinion font apparaître que 60% au moins de la population (en France et au-delà) juge que le capitalisme est incapable de résoudre les problèmes actuels. Et sensiblement autant disent aussi qu’ils ne savent pas quelles solutions seraient possibles. Tel est le résultat d’une absence de discussion politique mettant la suite des luttes en perspective au moment de la Chute du Mur, suivie de l’effondrement de l’ex-URSS. Etait-ce un «Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré» que les travailleurs auraient désavoué au profit des principes de liberté et d’égalité du monde occidental? Ou bien était-ce une dictature bureaucratique dont les couches dirigeantes étaient dans la situation des appareils d’Etat des «despotismes asiatiques», selon l’analyse marxiste de Georg Lukacs avant 1968 [3]? Cette relative «aphasie» des forces politiques, socialistes, communistes ou de la gauche radicale n’aide pas à avoir une discussion ouverte et la multiplication de petits groupes tenant à une particularité d’idée joue un rôle d’amplificateur du marasme politique.

Cette toile de fond pèse beaucoup sur les couches militantes, malgré leur volonté de résister aux politiques du capitalisme d’aujourd’hui. On ne peut pas ignorer cette réalité qui fait la situation instable, entre les rejets des maux du néolibéralisme et le silence des forces politiques sur les questions essentielles. L’état du monde sur le plan écologique est «la barbarie», en progrès sous nos yeux. Il suffit de voir les images de l’Australie et le semi continent de déchets plastiques sur l’Atlantique, le retour des risques de guerre nucléaire, des centaines de millions de personnes «en migrations», des refus du droit des femmes à disposer de leurs corps: ce système détruit et il n’y a pas de voix politique qui porte pour dire l’équivalent du «socialisme ou barbarie», actualisé après le 20e siècle.

La mise en cause des principes de l’égalité sociale, sur lesquels nous pensions notre continuité et notre espace de relative sécurité, s’est manifestée depuis des années. On ne peut pas dire qu’une «sensibilisation» était nécessaire pour rejeter le projet, même si sournoisement le monde de Macron avait prévu de tirer argument des inégalités et des injustices des retraites réellement existantes.

Avant même le 5 décembre, la journée de manifestation avait des suites annoncées, un soutien massif de 70 à 80% de la population, méfiante, n’ayant aucune idée positive des projets de «réforme». Il a fallu quelques jours pour que le climat change; un indice supplémentaire cerne une analyse concrète: la faiblesse militante laissait le référendum contre la privatisation d’ADP (Aréoports de Paris) avancer à un tout petit rythme. Et ce sont les mêmes forces militantes qui entrent dans une action de masse! Un «tous ensemble» un jour permettait deux choses: vérifier que les mécontentements exprimés sur les réseaux d’échanges interindividuels se retrouvaient vraiment, visibles. Après les défaites de ces dernières années et avec l’exemple des Gilets Jaunes, il fallait que se cristallise dans les rangs militants une impression de pouvoir gagner, de contraindre le gouvernement à donner des garanties ou à retirer son projet. La démoralisation était forte, et la voilà qui tend à disparaître. Macron s’était lourdement trompé sur ce point, croyant la conscience de classe réduite à peu: à trop écouter les conseillers nourris aux pensées du think-tank Terra Nova (pour les plus à gauche!) ou des conseillers des grands de Davos, de la Banque-Assurance…Il avait fini par projeter son succès à partir d’une erreur d’analyse.

Remarquons à quel point les choix de discussion publique du gouvernement ne s’adressaient pas sérieusement à ceux qui s’opposaient, comme si le passage en force contre le Code du Travail de la loi «travaille et tais-toi» [dite aussi loi Pénicaud, ministre du Travail, promulguée en septembre 2017], puis la réforme de la SNCF, se situaient dans un passé oublié et digéré. Il y a des failles, on le sait, dans la formation des énarques… Tel cet oubli, de leur part, des 75 à 80% qui soutenaient les manifestations de 2016 et 2017; un jugement étroit sur la faible politisation des Gilets Jaunes… Après deux ans de rencontres lénifiantes avec un agent de la droite [4], ministre de Chirac puis de Raffarin, qui paraissait aussi rassurant qu’un agent d’assurance, et que personne n’avait démasqué comme servant les «fonds de placements», terme français pour dire «fonds de pensions» sans en avoir l’air, le gouvernement était rassuré et confiant (sic !)…

Une telle bévue du pouvoir donne place à une question: le gouvernement avait-il perçu que la conscience de classe des précaires comme des salarié·e. s·n’était pas du tout au niveau des résultats misérables que les organisations politiques de gauche avaient obtenu aux européennes (au plus 13% du corps électoral avec six listes dont celle de Jadot [5])? Que la colère était mobilisable. Et, pour mieux comprendre, voyons-le, les dirigeants des forces politiques de la gauche n’avaient pas non plus compris qu’elles devaient mettre en chantier un véritable débat public sur l’avenir des retraites afin de conserver en le corrigeant un système solide mais comportant de gros défauts.

Cependant, la lutte des Gilets Jaunes avait marqué les esprits parmi les salarié·e·s de la RATP, et donné l’idée qu’il était possible de ne pas attendre «les échéances institutionnelles» pour en découdre et faire reculer le gouvernement. Par leur lutte, durant les mois de 2018-2019, la ténacité des Gilets Jaunes avait démontré qu’il y avait moyen de se faire entendre par l’action collective. Leur emboîter le pas commençait à dépasser la seule question de solidarité de principe. Puis, la piteuse révélation des liens entre le Commissaire Jean-Paul Delevoye et les cadres de l’Assurance venait démontrer que «les discussions» avaient eu lieu depuis deux ans sous contrôle des ennemis de la Protection sociale. Au moment où les failles dans les garanties du projet alimentaient la discussion publique, cette «révélation» – ce qu’on appelle conflit d’intérêts pour ne pas dire relations stables de corruption – a mis en lumière quel pouvoir devait servir ce projet. Rappelons, sobrement, qu’Emmanuel Macron, dans son Révolution [6], exprimait l’opportunité offerte à chacun de devenir entrepreneur, de se libérer des contraintes, en s’érigeant contre les professions réglementées et les corps intermédiaires.

Des racines deviennent visibles

Un des axes du projet «macronien» est en réalité de remodeler, de façon soigneuse, les contours des classes. Un de ses zélés soutiens a d’ailleurs souligné cet enjeu [7]. Si l’égalité subsiste, «elle a changé de signe: de sociale et protectrice, elle est devenue libérale et émancipatrice» (p. 53). Illustration de l’hommage rendu par ces gestionnaires de la «gouvernance», il invite la CFDT à pousser plus loin son évolution, «qu’elle devienne enfin l’animation de la prise en charge de la diversité des attentes individuelles». Il faudrait «recomposer les relations sociales autour de la seule personne privée […] : c’est le moment de passer de l’égalité sociale à l’égalité libérale».

Un autre fil conducteur

Ces discours hypocrites, qui avaient suscité la rage des Gilets Jaunes, donnent une logique très politique au cycle des luttes qui a fini par se manifester, et explique en partie le mouvement en cours contre la réforme des retraites.

Nous trouvons donc, ainsi, des mobilisations depuis celles à base syndicale de 2016 et 2017, durement réprimées avec les techniques épanouies contre les Gilets Jaunes; elles avaient été largement soutenues mais méprisées, ou négligées, par les appareils politiques soucieux de tourner les forces militantes vers leur(s) campagne(s) pour l’échéance électorale de la présidentielle [avril-mai 2017].

Après les échecs politiques, le mouvement des Gilets Jaunes a joué un rôle de rupture de la chaîne de domination avec laquelle le Président Macron voulait se légitimer: il a dû céder un tant soit peu, ouvrir le «Grand débat», mais fait tellement de répression que sa légitimité en soit usée. Plusieurs mois d’action ont eu cet effet, car la population a continué à exprimer sa sympathie pour les exigences populaires malgré des violences policières et des injustices de l’appareil judiciaire. Justice et respect, égalité et démocratie: les grands référents politiques n’étaient plus du côté de Macron et son monde bien avant le développement du mouvement pour le droit à la retraite. Il faut donc accepter de voir que ce mouvement ne se joue pas, pour le moment, dans la rapidité, mais au travers des contradictions et d’une extension des domaines dans la lutte. Une lame de fond se constitue et peut avoir les forces et la stratégie qui submergent les calculs élyséens. Au lieu de mots d’ordre pressés, répétitifs des tactiques de groupes «d’avant-garde» appelant tout de suite à une manifestation nationale à Paris, les actions, les succès partiels tel celui des pompiers, les mises en cause de députés, tout ce qui fait «tomber les masques» concourt à consolider le mouvement et à augmenter l’isolement du Pouvoir.

Il se produit ainsi un fait rare dans les luttes sociales: une consolidation des actions pour «résister», dire non, s’accompagne d’un progrès dans la compréhension des enjeux. Ainsi, au lieu de laisser croire à une simple attaque contre le pouvoir d’achat et les droits des plus pauvres, les véritables objectifs apparaissent et il s’agit de la destruction des droits sociaux permettant de résister à l’ordre mondial globalisé. Des documents se sont mis à circuler, qui ont précisé le projet politique auquel résister et à détruire. Ainsi Alain Supiot le fait avec la mise en évidence d’un texte de la Banque mondiale [8], qui depuis 1994 propose un modèle de système de retraite, une recette qui semble pouvoir s’appliquer aussi bien aux pays en voie de développement qu’aux pays industrialisés. La mise en place de systèmes de retraites à trois éléments repose sur un premier, qui a une minime fonction redistributive et prend en charge les pensions de retraites des personnes les plus pauvres, financé par cotisations sociales ou bien par l’impôt. Vient ensuite un deuxième étage, obligatoire, individuel ou professionnel, financé de fait par capitalisations individuelles (le projet par «points» acquis par chacun·e en est une illustration). Il est géré selon des critères actuariels; il oblige tous les individus à épargner pour payer leur retraite future, mais n’opère pas de redistribution et fait dépendre de la valeur du «point» au moment venu, en fonction du contexte international, de l’état des «affaires». Selon la Banque Mondiale, ce deuxième pilier obligatoire doit être suffisamment limité pour permettre l’expansion d’un troisième, privé et facultatif, fondé sur l’épargne volontaire, bénéficiant d’avantages fiscaux et devant permettre aux individus de choisir où et comment placer leur revenu tout au long de leur vie. Revoilà les «premiers de cordée» [salués par Macron] avec les moyens de placer leurs revenus tout au long de leur vie, d’autres niveaux de traitements dans les entreprises (publiques et privées), avec des avantages fiscaux…

La réforme des retraites vise à faire un pas décisif dans le reclassement pyramidal des fractions de classe parmi les couches qui vivent de la vente de leur force de travail, reconnue et payée, diversement garantie… Ceci illustre la «philosophie» du Président: «c’est le moment de passer de l’égalité sociale à l’égalité libérale».

Contre ce projet, faisons ce qu’il faut pour que les demandes d’un RIC (Référendum d’initiative citoyenne) ne soient pas «oubliées» en prétextant que ce mouvement était trop faible pour se faire entendre. Une démarche de Référendum d’Initiative Citoyenne peut se traduire par la préparation d’un référendum: une activité auto-organisée localement par les Gilets Jaunes, les syndicats, les associations, tous les militants et organisations politiques qui veulent savoir à quoi ils disent «non» et à quoi ils diront «oui». Au cours même des activités de mobilisations locales… A ces conditions, au lieu d’être un plébiscite entre les mains de la classe dominante, un référendum pourrait être une réelle expression qui rassemble l’immense majorité des gens de la moyenne.

Vers une action commune, des retraites à l’enseignement

Du côté de la jeunesse, les attaques politiques sont d’une ampleur comparable. Pour rendre les jeunes plus dépendants de ces calculs mercantiles sous couvert de «modernité», la volonté de Blanquer [9] (avec Macron) est de réaliser ce que Sarkozy avait annoncé: en finir avec le statut des enseignants de l’Education nationale, les rapprocher des contrats du privé. Il faut à leurs yeux réduire le plus possible le droit à des études libres, devenu une des caractéristiques de la jeunesse. Dès le «bac en continu» le but est d’insécuriser assez élèves et familles pour qu’une partie plus grande des jeunes se tourne vers des projets de pré-embauches chez des patrons, qui peuvent au demeurant prendre en charge, pour certains, les formations complémentaires spécialisées. Dépendance pour la suite, que ces Messieurs de la «Gouvernance» appellent « souplesse ».

Pour les universités – alors que le SNESUP (Syndicat national de l’enseignement supérieur), syndicat majoritaire, demande 6000 postes pendant dix ans pour rattraper de bonnes conditions de formation et de recherches – le gouvernement a préparé une Loi de programmation qui prévoit qu’une partie des maîtres de conférences seront dans un «statut d’excellence» avec des «contrats» renouvelables par «appels d’offres», les dispensant de tâches d’encadrement des étudiants… Un programme afin de réduire le droit de faire des études sauf «courtes» et de pré-embauches. Plus de plasticité avec «les innovations» disent-ils, et en fait soumission étroite de la recherche aux désirs des directions d’entreprises publiques ou privées [10].

Evidemment, cela peut sembler loin des questions de la retraite! Mais les jeunes craignent déjà de ne pas avoir droit à une véritable retraite. Et de devoir se rendre disponibles en permanence. Il faut, en plus, observer cette régression dictée par les Fonds de pension et les gouvernements au moment où les évolutions techniques pourraient permettre de travailler infiniment moins de temps [11], avec le droit à se former et à reprendre des études au cours de la vie de travail…

Pour schématiser, il est possible de dire: le néolibéralisme, actuellement, pousse les gouvernements à supprimer ou diminuer les libertés qui formaient un cadre de sécurité de vie. Celles-ci résultaient de la phase pendant laquelle les luttes de classe et les concessions auxquelles elles ont amené la bourgeoisie ont eu des effets positifs…

Somme toute, le droit à des études libres et le droit de vivre à la retraite en bonne santé sont attaqués l’un comme l’autre. Et il ne s’agit donc pas ici seulement d’une souhaitable «convergence des luttes»: il s’agit de prendre les moyens pour mettre un projet politique en échec.

Imaginons que l’ensemble des travailleurs/travailleuses et de la jeunesse, ayant compris qu’il faut refuser la loi sur les retraites quand elle viendra au vote de l’Assemblée, au printemps, puisse permettre une mobilisation à la hauteur de la crise politique à provoquer. Par exemple, devant les Préfectures et les sièges des députés des diverses droites, des rassemblements massifs, par département, se tiennent dès la veille de ce vote et paralysent le pays alors que le Parlement prétend décider. Cela peut se réaliser si existent des lieux de débats locaux du mouvement, en lien avec les grandes journées d’action et l’animation des Caisses de grève. «Retrait de la loi, référendum, et on est là pour l’obtenir …!» Quel député peut aller revoir ses électeurs ensuite? Sachons viser haut. Dissolution, dispersion du Parti de Macron, démissions… La crise politique peut être provoquée par l’action collective.

Organiser les discussions entre salarié·e·s, tenir des réunions d’une ou deux heures dans des entreprises, des sit-in, ou des initiatives de discussions sur des marchés, dans des cinémas de villes moyennes… Des retraites au flambeau aux rendez-vous pour un buffet ensemble, les liens et les réflexions qui se multiplient permettent de prévoir une participation pour de prochaines grandes dates: votes à l’Assemblée, etc. Le calendrier institutionnel s’étend jusqu’en mars ou en juin. Et un très grand nombre de personnes, sans appartenance organisationnelle en ce moment, peuvent se transformer en militant·e·s de la «résistance» définissant eux-mêmes leurs réponses, leurs «buts communs».

Et les partis politiques, dans cette analyse? Dans la construction de la mobilisation, s’ils veulent sortir de leur déclin, qu’ils participent à l’animation des assemblées locales comme celles souhaitées par les Gilets Jaunes avec le RIC! Cela ne se fera pas sans des transformations internes nécessaires… Et pour des alliances qu’ils passeraient, ouvertes à toutes celles et à tous ceux qui sont dans le mouvement, il leur resterait à s’exprimer clairement sur des engagements vraiment élémentaires, clairement résumés.

Du fait de la gestion mitterrandienne de 1981 et de ses suites: les mesures politiques de justice et de réparation pour éradiquer les restes postcoloniaux sont indispensables. Des lois imposant que les salaires des femmes soient égaux à ceux des hommes. L’annulation de toutes les mesures réactionnaires, toutes les injustices légalisées depuis les trois derniers présidents: contre les chômeurs, contre le droit au travail et le Code du Travail, contre les services publics, contre les libertés démocratiques… Et la mise en œuvre des revendications. Nous ne pouvons pas laisser faire comme si les mauvais coups passés étaient légalisés: d’où la recherche d’alliés qui s’engagent à combattre les politiques néolibérales.

Réorganisation des institutions… Dans la crise de confiance actuelle il faut discuter et faire reconnaître une analyse de l’appareil d’État et de la formation des «élites dirigeantes». Comme «toute l’organisation de la République tend […] à priver les masses des moyens propres à leur faire acquérir la connaissance des affaires et la pratique de la liberté», une «révolution démocratique» est nécessaire (Ferrat, 1945: 225-255) [12]. Toute la préparation des lois, avec les informations discutées, doivent-elles rester loin des discussions les plus larges? Peut-on faire confiance à l’Etat alors qu’en se contentant des règles parlementaires actuelles les députés sont plus souvent otages de questions biaisées? Pourquoi ne pas imposer, par réalisme afin d’éviter de se faire emprisonner dans les mailles des lobbys, que des conseils techniques consultatifs permanents élus parmi les spécialistes et des comités techniques consultatifs provisoires, avec des tirés au sort liés à des assemblées et activités locales, soient nommés pour l’étude d’une question? Et pour avoir une politique qui donne le temps de la démocratie, avant toute élection, discussion et suppression d’une partie des pouvoirs du Président au profit d’une majorité à l’Assemblée contrôlant Premier ministre, gouvernement et services de l’Etat…

L’ouverture du débat sur le changement des institutions… Ce mouvement pourrait aller jusque-là? On m’a dit que c’est peut-être optimiste. Mais pourquoi se contenter de ce que les membres de ce gouvernement pourraient «négocier»? Pourquoi ne pas voir que le cri «Macron démission» a un sens fort: il veut dire chassons la classe dominante et instaurons des règles démocratiques. (Article envoyé par l’auteur; il paraît dans la revue Les Mondes du Travail, en date du 6 février 2020, en ligne et en format papier https://lesmondesdutravail.net/)

Pierre Cours-Salies, sociologue, a été professeur à l’Université Paris 8 Saint-Denis.

Pour une vraie grève générale (Le Monde du 6 février 2020)

« Pour une vraie grève générale, il faut beaucoup plus de secteurs » : une 9e journée de manifestations contre la réforme des retraites

A Bordeaux, Paris, Toulouse et Marseille, les manifestants défilaient alors que la suite du mouvement sera décidée par les syndicats en fin de journée.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui (06/02/2020) à 10h42, mis à jour à 15h17

Temps de Lecture 4 min.

A Marseille, le 6 février. Daniel Cole / AP

« Retrait d’un projet injuste et dangereux ! » Depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites il y a deux mois, le mot d’ordre de la CGT, FO, Solidaires, de la FSU et d’organisation de jeunesse (UNEF, MNL, UNL) n’a pas changé. Tandis que le texte a démarré cette semaine son parcours à l’Assemblée nationale, les opposants au projet doivent descendre dans la rue jeudi 6 février.

A Paris, le cortège s’est élancé peu après à 14 heures de la Gare de l’Est pour rejoindre la place de la Nation. Selon nos journalistes sur place, le cortége semblait plus maigre que lors des précédentes journées de mobilisation.

A Montpellier, Nice, Béziers ou Sète, les manifestants ont commencé dès le matin à défiler. Ils étaient 4 500 à Marseille et 3 500 à Toulouse, selon des sources préfectorales, la CGT comptant de son côté 35 000 manifestants dans la « ville rose ». A Bordeaux, ils ont érigé un « mur du mépris » pour dénoncer la politique gouvernementale et la répression policière. Faite de parpaings, la barricade a bloqué l’entrée principale du rectorat. « C’est le mur du mépris, car on n’a aucune réponse de la part de notre ministère depuis plusieurs mois, plusieurs semaines », sur la réforme du bac et des retraites, a déclaré Jean-Pascal Meral (SNES-FSU).

A Nice, l’intersyndicale revendiquait 8 000 manifestants, tandis que les forces de l’ordre en décomptaient 1 600, selon Nice Matin. Une cinquantaine de pompiers en grève depuis juin se sont par ailleurs allongés sur les rails du tram, bloqué pour 24 heures comme la plupart des bus. « Même si on est peu, on restera », a assuré Benjamin Vuolo, 52 ans, élu du syndicat autonome des pompiers et engagé contre la réforme qui reporte leur âge de départ de 57 à 59 ans.

Lors du huitième appel à une journée interprofessionnelle le 29 janvier, la mobilisation avait marqué le pas, avec 108 000 manifestants en France selon le ministère de l’intérieur, contre 249 000 lors de la journée précédente, le 24 janvier.

Participation aux manifestations contre la réforme des retraites

La CGT n’a pas communiqué de chiffres nationaux pour la journée du 29 janvier.


Nombre de manifestants


Source : Le Monde


Lire l’analyse : Contre la réforme des retraites, la difficile mobilisation dans le privé

La suite du mouvement doit être décidée lors d’une réunion au siège de la CGT en fin de journée. « Le 17 février, premier jour de passage du texte dans l’hémicycle, est une bonne date pour un nouvel appel », a suggéré Eric Beynel, porte-parole chez Solidaires. Interrogé jeudi matin sur CNews, le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, a de nouveau dénoncé la réforme comme « une erreur historique ». Quant à la poursuite du mouvement, « évidemment c’est compliqué, le mouvement a été très long, le gouvernement est obstiné », mais « nous allons essayer de trouver des moyens » pour maintenir la mobilisation, a-t-il lancé.

Les travaux ont démarré cette semaine au sein de la commission spéciale de l’Assemblée nationale, qui doit examiner plus de 20 000 amendements, dont 19 000 des députés de la France insoumise (FI). La CFDT, favorable à un système « universel » par points, fait du lobbying auprès des députés pour améliorer les textes et a travaillé en ce sens sur des amendements, de même que la CFTC et l’UNSA. De son côté, Force ouvrière a écrit aux parlementaires pour qu’ils « n’approuvent pas » le projet de loi et qu’ils « demandent au gouvernement d’y renoncer ».

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Les secteurs maritime, de l’énergie et des déchets mobilisés

Dans la rue, des actions se sont poursuivies cette semaine, organisées notamment par des fonctionnaires (police scientifique, éboueurs, égoutiers…). Les avocats, en grève depuis un mois, ont été reçus une seconde fois cette semaine par le premier ministre, Edouard Philippe, et vont décider de la suite du mouvement vendredi.

Côté transports, le trafic sera normal à la RATP et devrait être peu perturbé à la SNCF, où seules quelques lignes du réseau Transilien (D, H, J et K) seront touchées par la grève, avec deux trains sur trois. Dans le secteur maritime, la CGT ports et docks a appelé à une nouvelle journée de grève, dite « opération ports morts ». Ces actions, récurrentes depuis plusieurs semaines dans les grands ports, ont été généralement très suivies.

Les salariés du secteur de l’énergie restent aussi mobilisés, notamment dans le traitement de déchets et le nucléaire. A la centrale de Penly (Normandie), où 83 % des salariés sondés ont voté contre la réforme, sept salariés ont reçu mardi la visite à leur domicile d’un huissier venu leur remettre une mise en demeure de libérer le site. Les syndicats CGT, FO, SUD nient toutefois tout blocage.

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Dans le secteur des déchets, les salariés des trois sites d’incinération d’Ile-de-France ont reconduit leur mouvement jusqu’à vendredi. La préfecture a réquisitionné des personnels pour gérer les stocks d’ordures et redémarrer un des fours, à Issy-les-Moulineaux. La métropole Aix-Marseille-Provence a annoncé mercredi soir qu’elle lancerait jeudi une procédure de réquisition de ses agents en grève, pour évacuer les 3 000 tonnes de déchets en souffrance dans les rues. Elle a dénombré une quarantaine de grévistes sur les 2 000 agents de la propreté.

Réforme des retraites: le Conseil d’État assassine le projet du gouvernement

25 janvier 2020 Par Ellen Salvi

Des projections financières « lacunaires », des « différences de traitement » injustifiées, un recours exagéré aux ordonnances, des promesses contraires à la Constitution… Dans son avis rendu le 24 janvier, le Conseil d’État attaque sévèrement la réforme des retraites. Et dénonce l’empressement de l’exécutif à vouloir faire passer un texte dont la « sécurité juridique » n’est pas garantie.

Ni fait ni à faire. C’est en substance l’avis que le Conseil d’État a rendu sur les deux projets de loi – organique et ordinaire – destinés à créer un régime universel de retraite par points, et adoptés vendredi 24 janvier en conseil des ministres. Dans un document rendu public le même jour, que Mediapart publie in extenso ci-dessous, la plus haute juridiction administrative française étrille littéralement la façon dont le gouvernement – et son chef Édouard Philippe, pourtant lui-même conseiller d’État – a conduit cette réforme. Son examen parlementaire doit démarrer le 3 février à l’Assemblée nationale, malgré une mobilisation qui ne faiblit pas.

Saisi le 3 janvier, le Conseil d’État n’a eu que trois petites semaines pour rendre son avis sur les deux textes, que le gouvernement a par ailleurs modifiés à six reprises dans cette période. Des conditions de saisine qui ne l’ont pas « mis à même de mener sa mission avec la sérénité et les délais de réflexion nécessaires pour garantir au mieux la sécurité juridique de l’examen auquel il a procédé », écrit-il. Avant d’ajouter que cette situation est « d’autant plus regrettable » qu’il s’agit d’une « réforme du système des retraites inédite depuis 1945 et destinée à transformer pour les décennies à venir […] l’une des composantes majeures du contrat social ».

« Il est exact que le calendrier de travail du Conseil d’État a été resserré, le gouvernement assumant de vouloir déposer un texte en conseil des ministres avant la fin janvier, soit dans un délai court après le discours du premier ministre au CESE [Conseil économique, social et environnemental – nldr] le 11 décembre », se contente de commenter le cabinet du secrétaire d’État en charge des retraites. Interrogé par Mediapart (voir notre boîte noire), l’entourage de Laurent Pietraszewski « se félicite du travail produit » par l’institution, « une analyse juridique approfondie qui a été résumée dans une note de 63 pages […] qui apporte de nombreuses améliorations au texte ».

Le Conseil d’État, qui n’est pas franchement connu pour son caractère révolutionnaire, est également très sévère vis-à-vis de l’étude d’impact qui accompagne les deux projets de lois, un document bourré de chiffres sur lesquels la majorité comptait s’appuyer pour défendre ce que certains qualifient encore de « réforme de gauche », redistributive et solidaire. Mais pour l’institution, cette étude, d’abord jugée « insuffisante », ne donne toujours pas satisfaction malgré les précisions apportées par le gouvernement. Elle « reste en deçà de ce qu’elle devrait être », souligne l’avis, qui parle de projections financières « lacunaires », notamment sur la hausse de l’âge de départ à la retraite.

Le choix de recourir à 29 ordonnances, y compris « pour la définition d’éléments structurants du nouveau système de retraite », est aussi vertement critiqué. Il « fait perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme et, partant, de sa constitutionnalité et de sa conventionnalité », estime le Conseil d’État, qui souhaite aussi voir disparaître du texte la promesse de revalorisations des enseignants et des chercheurs par des lois de programmation. Car « sauf à être regardées, par leur imprécision, comme dépourvues de toute valeur normative, ces dispositions constituent une injonction au gouvernement de déposer un projet de loi et sont ainsi contraires à la Constitution ».

La note « relève également la conformité à la Constitution de la quasi-totalité des dispositions des deux projets », se réjouit toutefois le cabinet de Laurent Pietraszewski, qui voit là une façon « de garantir la sécurité juridique des deux projets de loi ». Quant à l’utilisation des ordonnances, l’entourage du secrétaire d’État répond simplement que cette pratique avait été annoncée dès le discours du CESE et qu’elle est « normale dans la mesure où, même si nous avons acté le principe de transitions longues, le dialogue social continue pour en préciser les modalités ». « Si au cours des débats nous pouvons transformer certains habilitations en “articles en dur”, nous avons dit que nous le ferions, comme cela est déjà arrivé », ajoute-t-il.

L’avis du Conseil d’État confirme que, dans sa dernière version, le texte du gouvernement renvoie « à une ordonnance le soin de définir les modalités de retour à l’équilibre financier des régimes en utilisant plusieurs leviers possibles, sur la base des propositions émises par une conférence des financeurs »le fameux semblant de compromis obtenu par Édouard Philippe avec la CFDT et l’Unsa. Les députés qui se pencheront sur la réforme à partir du 3 février, le feront donc sans connaître les modalités d’équilibre, puisque ces dernières sont censées émerger des travaux de la fameuse conférence à la fin du mois d’avril, soit au moment de la deuxième et dernière lecture des projets de loi au Sénat.

Pour finir, l’institution anéantit aussi la promesse d’Emmanuel Macron de créer un régime universel, en soulignant, malgré ce qu’en dit l’exécutif, que « le projet de loi ne crée pas un “régime universel de retraite” qui serait caractérisé, comme tout régime de sécurité sociale, par un ensemble constitué d’une population éligible unique, de règles uniformes et d’une caisse unique ». Si le gouvernement crée bien le même système pour les salariés du public et du privé, il maintient à l’intérieur « cinq régimes » (le régime général des salariés ; celui des fonctionnaires, magistrats et militaires ; celui des salariés agricoles ; celui des non-salariés agricoles ; et celui des marins).

« À l’intérieur de chacun de ces régimes créés ou maintenus, des règles dérogatoires à celles du système universel sont définies pour les professions concernées », notent encore les juges administratifs qui demandent au gouvernement de mieux « justifier » les raisons pour lesquelles il garde ces « différences de traitement […] entre assurés relevant du système universel de retraite et rattachés, le cas échéant, à des régimes distincts ». S’agissant de la dérogation obtenue par les navigants aériens pour conserver leur caisse complémentaire et financer ainsi des départs anticipés, ils écrivent : « Aucune différence de situation ni aucun motif d’intérêt général ne justifiant une telle différence de traitement, elle ne peut être maintenue dans le projet de loi. »

Aussitôt l’avis du Conseil d’État publié, plusieurs élus d’opposition s’en sont emparés pour demander le retrait du texte. « Il faut arrêter cette folie maintenant », a tweeté la présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen. « On reste sidérés par le niveau d’amateurisme et d’improvisation du gouvernement pour une réforme aussi cruciale pour chacune et chacun ! », a commenté l’eurodéputé EELV Yannick Jadot. « L’avis rendu par le conseil d’État a valeur de claire sanction de l’amateurisme gouvernemental dans la méthode de travail, de sanction publique de ses mensonges », a également écrit le chef de file de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, sur son blog.

Selon cette décision du Conseil constitutionnel, les projets de loi ne peuvent être inscrits à l’ordre du jour du Parlement, si la conférence des présidents de la première assemblée saisie – en l’occurrence l’Assemblée nationale, présidée par Richard Ferrand, macroniste de la première heure« constate que les règles fixées par la loi organique sont méconnues ». « En cas de désaccord entre la conférence des présidents et le gouvernement, le président de l’assemblée intéressée ou le premier ministre peut saisir le Conseil constitutionnel qui statue dans un délai de huit jours », précise la décision.

Coupures de courant : la CGT, une centrale de plus en plus électrique

Des cégétistes, soutenus par Philippe Martinez, se mobilisent autrement. Lundi, les militants se sont introduits au siège de la CFDT, avant de plonger mardi les villes de Rungis et d’Orly dans le noir.

Mardi à l’aube, Rungis et Orly se sont retrouvés dans le noir deux heures durant. Pour protester contre la réforme des retraites, la CGT énergie a procédé à une coupure de courant.

Que s’est-il passé ?

Lorsqu’ils ont repris le travail lundi après 47 jours de grève, les agents RATP et cheminots ont appelé les autres corps de métier à «prendre le relais» dans la contestation. Message reçu 5 sur 5 par les militants de la CGT énergie, qui ont procédé à deux coupures d’électricité très médiatisées en ce début de semaine. Lundi, la CFDT a fait état d’une nouvelle intrusion dans son siège parisien, menée par «une quinzaine de personnes encagoulées» qui ont débranché le bâtiment pendant «quelques minutes». «Berger négocie les couleurs et les formes de nos futures chaînes et celles de nos enfants, sans jamais avoir participé à la grève reconductible contre la retraite à points», ont dénoncé par voie de communiqué neuf syndicats CGT énergie franciliens qui ont revendiqué l’action. Mardi matin, c’est la zone d’Orly et de Rungis qui a été visée par une coupure. Outre les communes alentour, elle a affecté la navette Orlyval mais «pas la tour de contrôle d’Orly», a indiqué à l’AFP Sébastien Menesplier, secrétaire général de la branche énergie de la CGT (FNME). «L’objectif est de monter d’un cran depuis la mobilisation du 9 janvier et d’aller crescendo jusqu’au 24», date de la présentation du projet de loi en Conseil des ministres. Et ce afin de «cibler l’économie et de montrer la mobilisation», a-t-il expliqué. Un mode d’action non sans conséquences pour les militants : Enedis a fait savoir qu’elle porterait plainte «s’il y [avait] un acte de malveillance avéré». Le Premier ministre a dénoncé des «coupures sauvages» et une «situation inacceptable», ajoutant que «cela doit être sanctionné». Réponse de la FNME : «Nous assumons les coupures et leurs conséquences, les plaintes 

Ces actions sont-elles isolées ?

Non, la CGT énergie a déjà revendiqué plusieurs coupures depuis le début de la mobilisation. Le 17 décembre à Paris, elle avait plongé la place de la République dans le noir. Le 9 janvier, c’est la gare de Bordeaux qui était visée. Lundi, elle indiquait vouloir multiplier ces actions que ses militants qualifient de «reprise en main de l’outil de travail». Dans un communiqué, la fédération affirme que la semaine sera «rythmée par la grève et des actions innovantes partout en France». Résultat, en plus des coupures, le syndicat affirme bloquer sept centres logistiques sur onze des sites servant à stocker et expédier le matériel de chantier vers les sites d’Enedis et de GRDF. Et projette de mettre «au minimum technique» deux terminaux méthaniers ou encore d’opérer «des baisses de production dans le thermique, l’hydraulique et le nucléaire».

Qu’en pense la direction de la CGT ?

Elle est plutôt favorable à ce type d’action. Philippe Martinez, le secrétaire général, l’a dit à plusieurs reprises. Interrogé par Libération en septembre, il invitait les salariés à trouver «d’autres formes de mobilisation». «Des réponses existent, selon les métiers», affirmait-il alors. Le 18 décembre, il avait approuvé des coupures de courant ciblées pour lutter contre la réforme des retraites. Tout en affirmant qu’il était «regrettable» que «des habitants autour en subissent les conséquences». «Ce n’est pas non plus la fin du monde», s’est défendu mardi Franck Jouano, de la CGT énergie du Val-de-Marne.

En revanche, l’action ayant visé la CFDT lundi divise chez les cégétistes. Comme elle l’avait fait en 2016 lorsque la façade vitrée du siège du syndicat de Laurent Berger avait été dégradée, en marge d’une manifestation contre la loi travail, la direction confédérale de la CGT s’en est désolidarisée. Dans un communiqué, elle affirme qu’elle ne «cautionne pas de telles actions» et redit «son attachement à un débat démocratique dans lequel chaque organisation syndicale a le droit de défendre ses positions». Pour Philippe Martinez, qui revendique un «syndicalisme rassemblé», il n’est pas concevable de s’en prendre à une autre centrale, quelles que soient les divergences. «Ce genre d’opération n’apporte rien au combat, voire peut être contre-productive», précise Fabrice Angei, secrétaire confédéral de la CGT. «Laurent Berger, ce n’est pas le bon adversaire. Et puis cela fait le jeu de la CFDT, en la mettant au centre et en la victimisant, alors que depuis le début du mouvement son rôle est marginal», pointe un autre membre de la direction. Mais un tel message est difficilement acceptable pour la frange la plus contestataire qui veut faire plier le gouvernement coûte que coûte. Elle promet de nouvelles actions coup-de-poing, parfois plus «positives» : à plusieurs reprises, les électriciens ont rebranché des foyers privés de courant pour cause d’impayés. Mais ils constatent aussi que l’on parle surtout de leur mouvement quand ils procèdent à des coupures spectaculaires… Alors la direction confédérale de la CGT tente la synthèse avec la base en soutenant «l’ensemble des salariés des industries électriques et gazières, comme des autres secteurs massivement en grève».

De nouvelles formes d’action se multiplient contre la réforme des retraites

Le Monde:Par Nabil Wakim, Aline Leclerc, Bertrand Bissuel et Raphaëlle Besse Desmoulières

Tandis que la grève reconductible qui a porté le mouvement s’éteint à la SNCF et à la RATP, des minorités très actives d’opposants ne désarment pas. Leurs actions sont dénoncées par le gouvernement comme des violences, des notions à manier avec prudence pointent des chercheurs.

Plus un jour sans son action spectaculaire. C’est une coupure de courant affectant une dizaine de communes autour de l’aéroport d’Orly, mardi 21 janvier aux aurores. C’est le procès symbolique de l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay par des « gilets jaunes » renvoyé au terme d’une audience rocambolesque, lundi. C’est encore la fermeture du musée du Louvre au nez de centaines de touristes, ou bien des concerts en plein air offerts par l’Opéra de Paris. Ou l’intrusion, par deux fois, de grévistes au siège de la Confédération française démocratique du travail (CFDT).

Ce sont aussi des députés de la majorité et des ministres chahutés dans leur cérémonie de vœux. Et le président de la République Emmanuel Macron et son épouse qui voient des manifestants perturber leur sortie au théâtre des Bouffes du Nord à Paris.

Des actions coups de poing, des coups d’éclats. La lutte sociale se fait guérilla. C’est qu’après bientôt cinquante jours, les opposants au projet de réforme des retraites savent que la grève reconductible à la SNCF et à la RATP, qui a porté la mobilisation, vit ses derniers instants. Le trafic ne cesse de s’améliorer en région parisienne ; les assemblées générales des cheminots et agents RATP se réduisent ou disparaissent. « Il n’y a plus qu’un noyau dur aux AG. Sans qu’on le veuille, nos discussions ressemblent un peu à des bilans, il y a une phase qui s’arrête », constate malgré lui Rémi, 32 ans, cheminot du comité de grève de la gare Saint-Lazare.

Eric Beynel, l’un des porte-parole de Solidaires, le reconnaît. « On a fait le pari de la grève reconductible et de son élargissement, ça n’a pas eu lieu pour l’instant, admet-il. Mais l’idée de la grève s’est installée et c’est un appui pour la suite. » Ce dernier reste cependant persuadé que « ce n’est pas un conflit qui s’essouffle mais qui reprend son souffle » : « A la SNCF et à la RATP, les taux de grévistes s’annoncent forts pour vendredi. »

« Il y a une colère, une haine, je n’ai jamais vu ça »

Ce jour-là, alors que le projet de loi réformant le système de retraite doit être présenté en conseil des ministres, l’intersyndicale appelle à une nouvelle journée de mobilisation. Dès jeudi soir, des retraites aux flambeaux seront organisées dans plusieurs villes, dont Paris.

« Ce qui se joue dans une part croissante du mouvement, c’est une réflexion sur les moyens. Que faire quand le dialogue est limité à amender des points de détails d’un projet à la fois ficelé à l’avance et plein de choses cachées ? Que faire quand les manifestations, sans être ridicules, stagnent en nombre et n’ont guère d’impact ?, interroge Erik Neveu, sociologue, spécialiste des mouvements sociaux. Une partie des acteurs du mouvement explore donc des formes d’action dont ils pensent qu’elles pourraient être plus efficaces. »

On n’avait jamais vu ainsi en cascade des avocats lancer leur robe aux pieds de leur ministre, des personnels soignants leur blouse blanche, des agents du mobilier national déposer leurs outils, des inspecteurs du travail leur code, des enseignants jeter des manuels scolaires. « Il y a beaucoup de symboles. Jeter son emblème, ça dit l’immensité du mépris ressenti pour notre travail, on casse nos métiers,confie Sabine, professeure des écoles en grève à Montpellier. Et qu’aucun représentant du pouvoir ne puisse plus se déplacer sans se faire houspiller ça dit que plus personne ne croit leur discours. Il y a une colère, une haine, je n’ai jamais vu ça. »

Ces actions émanent souvent de réseaux très locaux : des assemblées interprofessionnelles ou des comités de grève qui ont pris forme dans des entreprises, des quartiers, des villes. On y range son étiquette syndicale « dans sa poche ». Et c’est là, ainsi que sur les centaines de groupes WhatsApp qui ont fleuri depuis le 5 décembre 2019, que s’organise aussi, désormais, la contestation.

« Minorités très actives qui ne désarment pas »

« La base ne s’aligne plus avec la tête des confédérations. Les mecs de la CGT [Confédération générale du travail]qui font les coupures et les actions sont superchauds, mais ils ne le font pas avec l’assentiment de la direction de la CGT, qui est très embêtée, confie ainsi un dirigeant d’un syndicat réformiste chez EDF qui désapprouve ces pratiques. Ces méthodes viennent vraiment du bas et je crains qu’ils n’aient pas fini d’inventer des nouveaux trucs ».

« Il y a des minorités très actives qui ne désarment pas, constate également Rémi, le cheminot de Saint-Lazare. Combien de temps ça peut durer ? Qu’est-ce que ça peut donner ? On verra. »

Les irruptions comme celle au théâtre des Bouffes du Nord ont provoqué l’ire du gouvernement et de ses soutiens qui ont dénoncé des « violences », des attitudes « antidémocratiques ». Pour s’y soustraire, certains ont préféré annuler leur cérémonie de vœux, à l’image du ministre de la culture, Franck Riester.

« C’est dans le débat et la discussion, et jamais dans la violence, qu’une démocratie avance », a pour sa part estimé, lundi, le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire. « Ce qui s’est passé aux Bouffes du Nord est inacceptable. La démocratie n’est pas, et ne sera jamais, la force et la violence qui font loi », a aussi tweeté la députée (La République en marche) des Yvelines Aurore Bergé.

« Radicalisation symbolique »

« Il s’agit d’initiatives extrêmement minoritaires mais que l’on ne voyait pas il y a quelques jours, observe Cyril Chabanier, le président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC). Il ne faudrait pas que ça se développe. »

Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Yves Veyrier, a un avis balancé sur le sujet. « J’aurais du mal à dire qu’il n’y a pas de violences du tout, indique-t-il. Mais si on dézoome, j’ai l’impression qu’il y a une distorsion de la réalité et du ressenti qu’on en donne si on compare à d’autres épisodes comme Mai-68. »Pour lui, il y a la tentation « de parier sur l’épuisement du mouvement et de mettre en exergue ce qui pourrait être moins compris et accepté pour essayer de réduire la contestation à ce qui est marginal ».

« Il s’agit plus d’une radicalisation symbolique que d’une radicalisation au sens propre : il n’y a pas de violences physiques, on est plus dans de l’action illégale, estime Baptiste Giraud, maître de conférences en science politique à l’université d’Aix-Marseille. Avec toujours le risque de donner une image négative de la mobilisation ou de renvoyer celle d’une minorité plus déterminée mais qui s’isole dans sa manière de contester. »

« La plus grande prudence s’impose sur ces notions de radicalisation ou de violence, renchérit Jean-Michel Denis, professeur de sociologie à l’université Paris Est-Marne-la-Vallée. En réalité, il n’y a rien de bien nouveau dans ces agissements, et les conflits sociaux qui ont éclaté durant les années 1970 dans les bassins miniers ou les entreprises de la sidérurgie, étaient bien plus durs. » Il est cependant certain qu’une mobilisation très longue, sans véritable débouché, risque de se traduire « par une forme de dégradation », complète-t-il. « Le mouvement des gilets jaunes est passé par là, en sécrétant l’idée qu’une forme de radicalité permet d’obtenir des avancées et qu’aucune organisation n’a à fédérer un mouvement social. »

« La responsabilité de l’exécutif »

Les opérations comme celles contre la CFDT « amoindrissent le mouvement social et nous les condamnons sans réserve », confie François Hommeril, président de la CFE-CGC : « Mais on ne peut pas oublier la responsabilité de l’exécutif, ajoute-t-il. Il a contribué à créer ce climat-là, en s’abstenant de faire une analyse loyale et sincère de toutes les questions soulevées par son projet. On est manipulés, ça rend les gens dingues. »

A ce type de critiques, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, avait répondu, dimanche sur BFMTV : « Si provoquer de la violence, c’est faire les réformes pour lesquelles vous avez été élu, de ce point de vue là, je peux l’assumer. »

L’intersyndicale, qui réunit la CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires, la FSU et des organisations de jeunesse, devait se retrouver mercredi soir pour décider de la suite, au-delà de vendredi. L’exercice s’annonce compliqué. Si certains comme Solidaires aimeraient programmer une nouvelle date interprofessionnelle le jeudi 30 janvier, d’autres comme FO sont réticents à l’idée de retomber dans des journées « saute-mouton » qui finissent par user.

Mais pour M. Veyrier, « c’est loin d’être fini » : « Après le conseil des ministres, il y a le débat parlementaire et même si le gouvernement finit par faire adopter sa loi, rien ne sera figé avant un moment. »

INITIATIVE ENSEMBLE (à mettre dans vos agendas)

Jeudi 13 février

Soirée-débat sur la situation en Algérie Jeudi 13 février 2020, 18h, salle Bidault, bâtiment du Kursaal, Besançon Organisé par Ensemble! Besançon
Après 9 mois de mobilisation populaire pacifique (le Hirak) réclamant une « deuxième indépendance » en Algérie, après l’élection à la Présidence d’Abdelmadjid Tebboune, quelle analyse peut-on faire de la situation ? Quelles perspectives ?