Rapport Stora sur les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie : insuffisant
Il y a dans le rapport remis par Benjamin Stora à Emmanuel Macron beaucoup d’avancées réelles, comme l’ouverture des archives, le développement de l’enseignement de la colonisation ou la création d’une collection franco-algérienne dans une grande maison d’édition pour diffuser des travaux d’historiens de part et d’autre de la Méditerranée. L’expérience montre qu’en la matière, il faut beaucoup de temps et d’énergie pour obtenir la moindre avancée. On peut donc comprendre la volonté de l’auteur de sortir des discours incantatoires et de faire des propositions concrètes réalisables. Mais la société avance vite ces derniers temps, et ce parti-pris du réalisme fait que le rapport est en deçà des besoins du moment. « Black Lives matter », déboulonnage des statues, protestations contre les discriminations et les violences policières, … de larges secteurs de la société, notamment au sein de la jeunesse, se sont emparés des débats sur le colonialisme et ses conséquences. Sont entre autres constitutifs d’un crime contre l’humanité «la déportation ou le transfert forcé de population », » la torture », « la disparition forcée », « les actes de ségrégation commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime ». Que fut la colonisation de l’Algérie sinon un crime contre l’Humanité ? Le dire par le biais d’une citation d’Emmanuel Macron lorsqu’il était candidat ne suffit pas. On est bien trop loin du compte. Il est nécessaire que les plus hautes autorités de l’État français s’adressent à l’ensemble du pays, pas seulement à celles et ceux qui ont partie liée avec l’Algérie, pour dire ce que furent la conquête, la colonisation et la guerre d’Algérie, pour assumer cette réalité en présentant des excuses officielles. Ce rapport s’inscrit somme toute dans une certaine continuité dans la façon d’avancer sur ces questions, là où il faudrait marquer une rupture. Il en va de la mémoire, mais aussi de la lutte contre le racisme anti-arabe et l’extrême droite.
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