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Pandémie — Huit thèses sur le COVID-19
lundi 9 mars 2020, par TANURO Daniel
1. Le fait que le ralentissement économique a précédé le Covid-19 ne doit conduire à nier ni l’impact économique de l’épidémie (interruption de productions, rupture des chaînes d’approvisionnement, impacts sectoriels sur le transport aérien et le tourisme, etc.) ni le sérieux de la menace qu’elle constitue en tant que telle. Phénomène disruptif à dynamique exponentielle, l’épidémie est un amplificateur spécifique de la crise économique et sociale. Elle est aussi un révélateur de la fragilité du système capitaliste et des dangers qu’il fait peser sur les classes populaires, notamment par son productivisme congénital basé sur les fossiles, cause fondamentale de la crise écologique et climatique.
2. Juguler l’épidémie aurait nécessité de prendre rapidement des mesures strictes de contrôle sanitaire des voyageurs venant de régions contaminées, d’identification et d’isolement des personnes contaminées, de limitation des transports et de renforcement des services sanitaires. Englués dans les politiques néolibérales avec lesquelles ils tentaient de contrer le ralentissement économique, les gouvernements capitalistes ont tardé à les prendre, puis les ont prises insuffisamment, ce qui les a contraints à en prendre ensuite de plus sévères, sans arrêter pour autant de courir derrière la propagation du virus. Le zéro stocks, l’austérité budgétaire dans les domaines de la santé et de la recherche et la flexiprécarité du travail doivent être mis en accusation à l’occasion de la crise.
3. Des scientifiques ont tiré la sonnette d’alarme lors de l’épidémie du coronavirus SRAS en 2002. Des programmes de recherche fondamentale ont été proposés en Europe et aux USA qui auraient permis de mieux connaître cette catégorie de virus et d’en prévenir la réapparition sous de nouvelles formes. Les gouvernements ont refusé de les financer. Une politique absurde, mais taillée sur mesure pour laisser la main sur la recherche dans ces domaines à l’industrie pharmaceutique, dont l’objectif n’est pas la santé publique mais le profit par la vente de médicaments sur le marché des malades solvables.
4. Comme tout phénomène disruptif, l’épidémie suscite d’abord des réactions de déni. Celles-ci peuvent ensuite céder le terrain à la panique et la panique peut être instrumentalisée par des complotistes et autres démagogues pour faire le jeu de stratégies autoritaires de contrôle technologique des populations et de limitation des droits démocratiques, comme en Chine et en Russie. Il y a en plus un risque sérieux que le Covid-19 soit utilisé par les fascistes comme prétexte pour justifier et intensifier les politiques racistes de refoulement des migrant.e.s.
5. La gauche ne peut absolument pas se contenter de rabattre le facteur exogène de la crise sanitaire sur la crise économique capitaliste endogène. Elle doit prendre en compte la crise sanitaire en tant que telle et développer des propositions pour la combattre de façon sociale, démocratique, antiraciste, féministe et internationaliste. A contre-courant de l’individualisme, elle doit aussi adopter pour elle-même et propager dans les mouvements sociaux des comportements collectifs responsables du point de vue de la non-propagation du virus. A la différence des mesures de limitation de l’usage de la voiture prises par certains gouvernements en réponse au « choc pétrolier », par exemple, nul ne peut se soustraire ici à sa responsabilité par rapport à la santé : la sienne, celle de ses proches et la santé publique, sans oublier la responsabilité par rapport aux Sud global. Ou bien les mouvements sociaux prennent cette question en mains eux-mêmes, démocratiquement et à partir des réalités sociales des dominé·e·s, ou bien les dominant·e·s imposeront leurs solutions liberticides.
6. Le danger majeur de l’épidémie est le possible dépassement du seuil de saturation des systèmes hospitaliers. Il entraînerait inévitablement une aggravation du tribut payé par les plus pauvres et les plus faibles, en particulier parmi les personnes âgées, ainsi qu’un report des tâches de soins dans la sphère domestique, c’est-à-dire en général sur le dos des femmes. Le seuil dépend évidemment des pays, des systèmes de santé et des politiques d’austérité-précarité qui y ont été imposées. Il sera atteint d’autant plus vite que les gouvernent courent derrière l’épidémie au lieu de la prévenir. L’épidémie requiert donc clairement une rupture avec les politiques d’austérité, une redistribution des richesses, un refinancement et une dé-libéralisation du secteur de la santé, la suppression des brevets dans le domaine médical, la justice Nord-Sud et la priorité aux besoins sociaux. Celle-ci implique notamment : l’interdiction des licenciements de personnes infectées, le maintien du salaire en cas de chômage partiel, l’arrêt du contrôle, de « l’activation » et des sanctions contre les allocataires sociaux, etc. C’est principalement sur ces questions qu’il faut intervenir pour contrer les réponses irrationnelles et leur potentiel de dérapage raciste-autoritaire.
7. Il y a de nombreux points communs entre la crise du Covid-19 et la crise climatique. Dans les deux cas, sa logique d’accumulation pour le profit rend le système capitaliste incapable d’empêcher un danger dont il est pourtant averti. Dans les deux cas, les gouvernements oscillent entre le déni et l’inadéquation de politiques conçues prioritairement en fonction des besoins du capital, pas des besoins des populations. Dans les deux cas, les plus pauvres, les racisé.e.s et les plus faibles, surtout dans les pays du sud, sont dans le collimateur, tandis que les riches se disent qu’ils s’en sortiront toujours. Dans les deux cas, les gouvernements utilisent la menace pour avancer vers un Etat fort tandis que des forces d’extrême-droite tentent de profiter de la peur pour pousser en avant d’immondes réponses malthusiennes et racistes. Dans les deux cas, enfin, la loi sociale de la valeur capitaliste entre en contradiction frontale avec des lois de la nature à dynamique exponentielle (la multiplication des infections virales dans un cas, le réchauffement et ses rétroactions positives dans l’autre).
8. Le danger climatique est cependant infiniment plus global et plus grave que celui du virus. Il en ira évidemment de même de ses conséquences si les exploité·e·s et les opprimé·e·s ne s’unissent pas pour abattre ce mode de production absurde et criminel. Le Covid-19 est un avertissement, un de plus : il faut en finir le capitalisme, qui entraîne l’humanité vers la barbarie.
Daniel Tanuro
assemblée des assemblées (GJ)
Dimanche 17 mai BESANCON, festival de littératures policières, noires et sociales
Pas serial, s’abstenir
16-17 mai 2020 Besançon
23ème festival de littératures policières, noires et sociales
Samedi 16 mai BESANCON, festival de littératures policières, noires et sociales
Pas serial, s’abstenir
16-17 mai 2020 Besançon
23ème festival de littératures policières, noires et sociales
test
(test) le printemps silencieux
Samedi 14 mars PELOUSEY 14h00 après midi ciné-débat avec le film « les Liberterres »
projection du film » les liberterres » suivi d’un échange avec les agriculteurs du village. Notre terre est prise en otage par l’industrie agro-alimentaire et si on la libérait?
Animé par le collectif « nous voulons des coquelicots »

Salle St Martin à Pelousey (25) 14h00; prix libre
Retraites: Macron achève son quinquennat avec le 49-3, Médiapart
Emmanuel Macron vient de retourner l’arme du 49-3 contre lui. En dégainant ce dispositif constitutionnel permettant l’adoption d’un projet de loi sans vote, l’exécutif choisit de sortir par le bas d’une discussion parlementaire qui n’avançait pas assez vite à son goût. Ce faisant, il pense clore la catastrophe que constitue, depuis le départ, la réforme du système des retraites, dans l’espoir que l’on parle enfin d’autre chose. Mais ce choix ne lui ouvre en vérité aucune perspective, sinon celle de passer les deux prochaines années à observer, impuissant, la décomposition du quinquennat.
La décision d’engager formellement la responsabilité du chef du gouvernement a été prise samedi 29 février, lors d’un conseil des ministres exceptionnel, initialement consacré à la seule gestion du coronavirus Covid-19. Mais le pouvoir a finalement profité de l’occasion pour glisser dans l’ordre du jour ce 49-3 qu’il menace d’utiliser depuis plusieurs semaines déjà, considérant que le moment était venu et que les esprits – comprendre : la fameuse opinion publique – étaient désormais assez mûrs pour accepter l’utilisation d’une procédure que les ministres eux-mêmes n’ont aucun problème à qualifier d’« arme nucléaire ».
Samedi, en fin de journée, Édouard Philippe s’est donc rendu à l’Assemblée nationale pour annoncer sa décision, face à un hémicycle clairsemé. Évoquant « l’image, particulièrement triste, que renvoient de nos institutions les événements de ces derniers jours » – « et je dois dire qu’il n’y a pas d’illustration aussi éloquente que ce à quoi nous assistons en ce moment », a-t-il ajouté pour répondre aux cris continus du député La France insoumise (LFI) François Ruffin –, le premier ministre a indiqué ne pas avoir « le sentiment que notre démocratie puisse se payer le luxe d’un tel spectacle ».
Insistant sur le fait que ce 49-3 n’avait pas vocation à « mettre fin au débat », mais « à cet épisode de “non-débat”, à un Parlement privé de sa fonction éminente de faire la loi » et qu’il devait « permettre à la suite du processus législatif » de se poursuivre, le chef du gouvernement a précisé engager sa responsabilité « sur un texte, qui n’est pas le texte initial », mais « un texte amélioré, profondément enrichi grâce à tous les amendements que nous intégrons ». « Il traduit tout d’abord les deux derniers mois de concertation engagés avec les partenaires sociaux sur les sujets liés à la pénibilité, à l’emploi des séniors et à la transition », a-t-il précisé, affirmant que la nouvelle copie prendrait aussi en compte le travail parlementaire « qui permet de consolider d’autres mesures de justice sociale ».
Édouard Philippe avait prévenu, dès le 25 février : « Mon ambition est de faire en sorte que le débat ait lieu. Si cela n’est pas possible, au bout de très nombreuses heures de débat, la Constitution autorise le premier ministre à utiliser le 49-3. Pour faire en sorte que le débat puisse avancer et ne soit pas stérilisé. […] Lorsqu’il faut prendre ses responsabilités, je le fais sans hésiter et j’utilise toute la Constitution, rien que la Constitution. » Sous le quinquennat précédent, le même homme, qui siégeait alors sur les bancs de l’opposition, avait voté les motions de censures qui avaient suivi les 49-3 imposés par Manuel Valls au moment des lois dites Macron et El Khomri.
Ces deux épisodes survenus en 2015 puis 2016, et particulièrement le premier d’entre eux, ont profondément marqué Emmanuel Macron, qui exerçait alors les fonctions de ministre de l’économie. D’une certaine façon, ils ont même conforté ses ambitions présidentielles, comme une revanche qu’il ne fallait pas manquer. Le chef de l’État n’a en effet jamais digéré que l’on règle de cette façon le sort de sa « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ». Et que l’on réduise à néant les centaines d’heures qu’il avait passé à négocier la moindre virgule de son texte avec les « frondeurs » de la majorité et les députés de l’opposition. « Il y avait une forme d’humiliation, qui n’avait échappé à personne », se souvient un ex-conseiller ministériel.
« Il était très réservé sur l’utilisation du 49-3, nous l’étions tous, confirme la députée socialiste Cécile Untermaier, à l’époque corapporteure de la loi, aux côtés du rapporteur général Richard Ferrand, qui préside désormais l’Assemblée. Mais la situation était très différente car le débat parlementaire avait eu lieu. Le 49-3 était venu à la fin parce que le premier ministre craignait qu’il ne manque quelques voix. Cette fois-ci, il n’y a rien : le texte n’a même pas été amendé en commission. Le gouvernement va pouvoir faire passer sa copie initiale. C’est beaucoup plus déflagrateur. La démocratie n’a rien à gagner de mesures d’exception, c’est elle qui va payer le plus lourd tribut de cet échec. »
Le 25 novembre 2016, quelques mois après avoir quitté le gouvernement de François Hollande pour lancer En Marche!, le désormais candidat à la présidentielle expliquait au Monde ne pas croire « une seule seconde […] à la réforme par ordonnances » – le projet de loi sur les retraites en compte 29, ce qui, de l’avis même du Conseil d’État, « fait perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme et, partant, de sa constitutionnalité et de sa conventionnalité ». Mais Emmanuel Macron ne s’était pas arrêté là. « Regardez ce qui vient de se passer quand on réforme en passant par le 49-3, qui est pourtant un article constitutionnel : les gens le prennent très mal », avait-il ajouté.
Confronté à ces déclarations par Mediapart, à la veille du second tour de la présidentielle de 2017, il s’était déjà montré plus nuancé. « Je critiquais le contexte de la loi Travail. C’est-à-dire […] une loi en fin de quinquennat qui n’est pas expliquée, qui n’est pas portée politiquement, on refuse le débat », avait-il affirmé, regrettant le « rapport névrotique » que les responsables politiques entretiennent avec le 49-3. Pour justifier son utilisation, l’exécutif va désormais répéter sur tous les tons qu’il y a été contraint par une opposition qui ne souhaitait pas discuter du fond de la réforme et qui empêchait le débat parlementaire en « obstruant » ce dernier à coups d’amendements – quelque 41 000 avaient été déposés.
Souvent utilisé pour construire des majorités – ce fut notamment le cas sous Michel Rocard, qui y a recouru 28 fois pour sauver 13 textes différents –, l’article 49 alinéa 3 de la Constitution a également servi, à plusieurs reprises sous la Ve République, d’outil de confort permettant de mater des majorités récalcitrantes. Cette fois-ci, il est dégainé contre l’opposition au nom de la rationalisation du travail parlementaire, comme l’avaient fait en leur temps Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Édouard Balladur et Jean-Pierre Raffarin. Il clôt une première bataille, mais pas la guerre. « À malin, malin et demi. [Édouard Philippe] ne peut l’utiliser qu’une seule fois [sur un texte et par session ordinaire]. Donc ce sera impossible sur la loi organique », soulignait récemment Jean-Luc Mélenchon auprès de Mediapart.
« C’est le début des emmerdes »
En attendant, le pouvoir a rodé ses éléments de langage. Députés et ministres les martèlent depuis plusieurs jours déjà, profitant de la moindre occasion pour dénoncer le « spectacle » offert par les élus insoumis et communistes (GDR). « Un temps considérable [a été] passé à se poser la question de savoir s’il fallait remplacer le terme “considérant” par “eu égard”, “annuellement” par “chaque année” ou “chaque année” par “annuellement”, s’est agacé Édouard Philippe, le 25 février. Le temps consacré à ces échanges – je ne le conteste pas, il est parfaitement respectable – ne me paraît pas porter sur le sens profond d’une réforme ambitieuse pour l’ensemble de nos concitoyens. » Pour mettre fin à cette situation, certains, y compris au sein de la majorité, plaidaient donc pour une utilisation rapide du 49-3.
Conscient du caractère explosif de ce dernier et du piège politique qui l’accompagne, surtout en pleine campagne pour la municipale du Havre (Seine-Maritime), Édouard Philippe a d’abord voulu traîner un peu. Bien qu’il s’en défende, le premier ministre redoute vivement l’usage de cette procédure impopulaire, car synonyme de passage en force. Et il n’est pas le seul. « Le 49-3, c’est une arme d’autorité pendant 24 heures. Ensuite, c’est le début des emmerdes », confiait à Mediapart l’actuel ministre de l’économie Bruno Le Maire, au moment de la loi Macron. « C’est dommage d’utiliser cette arme, ça envoie un message qui n’est pas le bon, indiquait plus récemment l’un de ses collègues du gouvernement. Ce sera plus compliqué de faire retomber le pic de tensions après ça. »
Le président de la République, lui, entend bien laisser Matignon endosser seul la responsabilité du 49-3, pour éviter au maximum d’en subir les inévitables dommages collatéraux. Depuis plusieurs semaines, l’exécutif prépare donc le terrain, en agissant comme s’il n’avait pas le choix. Édouard Philippe ne cesse de le répéter : le chef de l’État a imposé un calendrier qui impose lui-même que la réforme des retraites soit définitivement adoptée avant l’été. D’où la nécessité d’aller vite. Malgré une mobilisation sociale sans précédent. Malgré une opinion toujours défavorable au projet. Malgré un avis accablant du Conseil d’État. Malgré une séquence qui, du début jusqu’à la fin, n’a servi à rien d’autre qu’à renforcer l’idée d’un pouvoir absolument sourd au monde qui l’entoure.
En définitive, le 49-3 vient parfaire ce fiasco. « Le loupé est en amont, bien en amont », affirme un ministre qui préfère charger Jean-Paul Delevoye, pour éviter de sombrer avec le radeau de la réforme des retraites. Pendant la campagne présidentielle, l’équipe d’En Marche! disait vouloir faire de ce vaste chantier une « illustration de la méthode Macron face aux blocages français ». Le texte restera effectivement dans les annales de l’histoire politique, mais au chapitre des cas d’école à ne jamais reproduire. Après des semaines d’improvisation, il conduit le gouvernement à utiliser l’arme de ceux qui n’ont pas réussi à convaincre. Il s’agit bien d’« un désagréable aveu », comme l’écrivait Richard Ferrand en février 2016, au moment de la loi El Khomri.
Le risque politique que fait encourir le 49-3 n’est pas grand : il est immense. Pourtant, pas une seule fois l’exécutif n’a imaginé de faire autrement. Tous les ministres interrogés depuis des semaines par Mediapart opposent la même réponse : « Vous avez une autre idée ? » Prendre le temps, revoir toute la copie, remettre tout le monde autour de la table, reconnaître ses erreurs : impossible sous ce quinquennat. Par un calcul politique qui échappe à l’entendement, Emmanuel Macron reste persuadé qu’il ne sera jamais réélu en 2022 si cette réforme des retraites ne passe pas.
Mais au sein de la majorité, certains commencent à penser le contraire. « Le passage en force sur un texte aussi important que celui-ci, c’est un boulevard pour Marine Le Pen », craint un député La République en marche (LREM), qui ne voit pas comment l’exécutif va pouvoir continuer à réformer tranquillement après une telle déconfiture. « On ne peut pas considérer que le Parlement sorte complètement grandi de ce qui vient de se passer, regrette l’un de ses collègues. Le problème, ce n’est pas que l’opposition s’oppose, ça c’est complètement normal. La seule erreur vient du calendrier décidé par le gouvernement : on ne fait pas la mère des réformes en deux semaines. »
Au cœur du pouvoir, ils sont désormais de plus en plus nombreux à tenir ce type de propos et à se soucier – le mot est presque faible – de cet électorat de centre-gauche, « pierre angulaire » de l’élection de 2017, qui répond déjà aux abonnés absents. Le 49-3 pourrait finir de le convaincre d’opter pour l’option piscine en 2022, dans le cas d’un duel Macron-Le Pen au second tour de l’élection présidentielle.
Lassés d’attendre un très hypothétique « acte II » du quinquennat, certains macronistes ne cachent même plus leur envie de changement et attaquent directement ce premier ministre de la droite LR dont ils n’ont jamais complètement accepté la nomination. « Il faut tout faire pour éviter le 49-3 et nous demander comment nous en sommes arrivés là, indiquait le député Aurélien Taché sur RFI, le 22 février. Alors, oui, les municipales sont importantes, notamment au Havre, mais nous avons besoin de l’engagement de tous et de celui de notre chef d’orchestre pour mener la réforme des retraites. »
Après avoir fait un aller-retour express dans sa ville vendredi soir, Édouard Philippe s’est assis sur son agenda de candidat pour retourner en vitesse à Paris engager sa responsabilité de chef du gouvernement. En début de semaine prochaine, il devra, comme tous ses prédécesseurs qui ont utilisé le 49-3 avant lui – ce fut le cas à 88 reprises depuis 1958 –, se plier à l’exercice de la motion de censure. Les oppositions disposent de 24 heures pour déposer une motion, qui doit être signée par 58 députés. Celle-ci doit ensuite être discutée à l’Assemblée dans les 48 heures qui suivent son dépôt.
Dès le discours du premier ministre achevé, le député GDR André Chassaigne a indiqué que son groupe allait « déposer une motion de censure avec les autres groupes de gauche ». « Cela va de soi », a également réagi le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon, qui voit derrière les arguments du gouvernement « un procédé fourbe » : « Le premier ministre nous rend responsables, c’est insupportable. Il nous brutalise. » « Le gouvernement préfère la brutalité du 49-3 au débat. Nous proposons une motion de censure à l’opposition », a aussi tweeté le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure. Du côté de Les Républicains (LR), le patron du groupe Damien Abad a annoncé vouloir déposer sa propre motion.
« Les oppositions ont jusque demain, 17 h 35, pour déposer une motion de censure, signée en original par au moins 48 députés. Si vous cherchiez pourquoi le gouvernement a attendu le samedi soir (et pas une veille de jour où les députés sont nombreux à Paris), vous avez la réponse », s’est agacé son collègue de banc, le député Pierre-Henri Dumont. Si l’une de ces motions de censure venait à être adoptée, le gouvernement n’aurait d’autre choix que de démissionner. L’histoire de la Ve République peut le rassurer : jusqu’à aujourd’hui, seules 52 ont été déposées et toutes ont été rejetées. Pour la suite, en revanche, c’est une autre histoire. Et elle est bien plus inquiétante.
« Extraordinaire nervosité » : les syndicats unanimes contre le choix du 49.3 pour la réforme des retraites publié dans le journal Le Monde
Ils avaient beau s’y attendre, les partenaires sociaux ont déploré, samedi 29 février, le choix du gouvernement de recourir au 49.3 pour faire adopter sans vote la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. « Qu’on ne puisse pas, sur un sujet aussi fondamental, mener le débat à terme est désastreux pour la démocratie », a déclaré Laurent Berger au Parisien Dimanche. Le secrétaire général de la CFDT se dit « inquiet sur le contenu du texte », car selon lui « ce 49.3 escamote le débat ».
La tonalité est la même parmi les autres centrales dites réformistes, qui sont favorables au principe d’un système universel par points ou le regardent avec bienveillance. Sur Twitter, Cyril Chabanier, président de la CFTC, a « regretté après deux ans de concertation » l’annonce du premier ministre, quand son homologue de l’Unsa, Laurent Escure, a jugé que « le 49-3 clôt le débat qui aurait dû éclairer les Français ». CyrilChabanier CFTC@ChabanierCFTC
1/4 Le @SyndicatCFTC regrette après 2 ans de concertation d’en arriver au 49-3 ! Syndicat de #dialoguesocial , la #CFTC privilégie toujours la #négociation18 19:37 – 29 févr. 2020Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité 15 personnes parlent à ce sujet
Parmi les organisations hostiles au projet de l’exécutif, les mots employés pour critiquer l’exécutif sont beaucoup plus vifs. Pour François Homméril, président de la CFE-CGC, « la première “obstruction” au débat parlementaire a commencé à l’instant même où le gouvernement a décidé de faire une procédure accélérée sur un texte comme ça ».
« Le 49.3 est une manifestation supplémentaire de l’extraordinaire nervosité de la part de personnes qui ne maîtrisent plus rien sur un projet qui ne tient pas la route ».
« C’est une décision incompréhensible et inacceptable, qui survient dans un contexte de crise lié au coronavirus, renchérit Yves Veyrier, numéro un de FO. On pouvait s’attendre à ce que l’exécutif joue l’apaisement, d’autant plus que sa réforme des retraites porte sur une composante majeure de notre contrat social. C’est tout l’inverse qui est en train de se produire. »
Même tonalité du côté de la CGT. « Ce gouvernement fait tout et n’importe quoi depuis le début, déplore Céline Verzeletti, membre du bureau confédéral de la centrale de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Recourir au 49.3 en pleine crise du coronavirus est incompréhensible et scandaleux. Il y a des mois que nous dénonçons le manque d’écoute à l’égard des organisations syndicales. Aujourd’hui, même le Parlement n’arrive pas à débattre et à jouer son rôle. C’est une grave atteinte à la démocratie. »
Nouvelle mobilisation envisagée
Alors qu’une manifestation, attirant plusieurs centaines de personnes, a été organisée, samedi soir place de la Concorde par des syndicats de la CGT et de Solidaires, d’autres initiatives sont sur le point d’être prises. Samedi soir, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a indiqué que l’intersyndicale, formée par son organisation, FO, Solidaires, FSU et des mouvements de jeunesse, se réunira lundi matin pour discuter d’une nouvelle mobilisation « dès la semaine prochaine ». C’est-à-dire « à l’occasion du débat sur le 49-3 et l’éventuelle motion de censure », a-t-il précisé.« Quand on n’arrive pas à convaincre, on peut contraindre, c’est typiquement ce que fait le gouvernement », a ajouté le numéro un de la CGT.
Les syndicats réformistes espèrent cependant que la copie de l’exécutif va être améliorée. Dans Le Parisien, M. Berger constate, avec amertume, que les « mesures de justice sociale », réclamées depuis des mois par sa confédération, n’ont, jusqu’à présent, pas été prises en compte.
Parmi elles, la question des départs anticipés dans le cadre de la pénibilité, celle des fonctionnaires qui ne touchent pas ou peu de primes ou encore un minimum de pension à 85 % du smic dès 2022 et non 2025 comme actuellement prévu. « Il reste encore quelques jours pour que le gouvernement précise son texte et y intègre certains éléments, poursuit-il. Rien ne l’empêche d’insérer nos recommandations à son texte, en première ou deuxième lecture à l’Assemblée comme au Sénat. » Pour lui, « la bataille n’est pas finie ».
La CFDT espère un texte amélioré
A ce stade, le texte sur lequel le gouvernement engage sa responsabilité contient, en effet, très peu de dispositions nouvelles au sujet de la pénibilité : réalisation d’un rapport sur les « modalités de réparation » en faveur des personnes ayant exercé un métier identifié « comme pénibles par les branches », maintien des départs anticipés pour les égoutiers recrutés avant début 2022 – une disposition réclamée par les députés communistes qui avaient déposé un amendement dans ce sens.
Sur le chapitre de l’usure professionnelle, les autres mesures retenues correspondent à celles qui avaient été dévoilées le 13 février par le gouvernement lors d’une réunion avec les partenaires sociaux : généralisation de la visite médicale à 55 ans pour les travailleurs occupant des tâches physiquement éprouvantes, « congé de reconversion » pour les personnes soumises à la pénibilité pouvant aller jusqu’à six mois…
Le Medef, lui, a surtout les yeux braqués sur la conférence de financement qui a débuté ses travaux, fin janvier, et doit se retrouver le 10 mars pour un nouveau point d’étape. « La réforme des retraites aurait mérité un vrai débat, il n’a pas pu avoir lieu, estime Geoffroy Roux de Bézieux, président du premier mouvement d’employeurs. Trop de questions restent encore en suspens. Il est urgent d’y répondre. Et notamment l’équilibre du régime qui demeure une exigence absolue pour qu’il soit équitable. »
Au siège du Medef, avenue Bosquet, on ne semble pas traumatisé par l’emploi du 49.3. « Je trouve ça bien car ça devenait insupportable, ça discréditait les institutions », confie un dirigeant de l’organisation patronale. En revanche, pas question de répondre favorablement aux demandes de la confédération de Laurent Berger sur la pénibilité. Pour le Medef, cela reviendrait à recréer « des régimes spéciaux ». A moins, ajoute ce proche de M. Roux de Bézieux, de « rouvrir le dispositif carrières longues », qui permet à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans de partir plus tôt à la retraite et qui « coûte une fortune » selon lui.
« Le 49-3 ne change rien sur le fond, considère Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité (artisans, commerçants, professions libérales). La majorité est assez large pour voter le texte, c’est juste une question de timing. » Le plus important, à ses yeux, « c’est ce que les partenaires sociaux obtiendront pour la gouvernance du futur système ».
Pour François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), l’une des inconnues, désormais, a trait à la conférence sur le financement : « A-t-elle encore un intérêt ? », s’interroge-t-il. Lancé fin janvier, cet exercice, auquel participent le patronat et les syndicats, a vocation à identifier des solutions pour résorber en 2027 le déficit des régimes de retraite, pris dans leur globalité. « Si cette conférence aboutit, ce que je souhaite, le gouvernement serait mal inspiré de ne pas en tenir compte », confie M. Asselin, en précisant que ses interlocuteurs, au sein de l’exécutif, lui ont assuré que des amendements pourraient être intégrés dans le texte, lors de la nouvelle lecture devant l’Assemblée. « Le feront-ils ? C’est une autre question », conclut le président de la CPME.
