Retraites: à quoi ressemblerait une réforme de gauche? Les députés Adrien Quatennens (FI), Boris Vallaud (PS) et Pierre Dharréville(PCF) présentent leurs projets

13 février 2020 Par Pauline Graulle et Manuel Jardinaud pour Mediapart

Mesures sur la pénibilité, nouvelles sources de financement, âge de la retraite… Les députés Adrien Quatennens, Boris Vallaud et Pierre Dharréville détaillent les différentes mesures qu’ils mettraient en place si la gauche revenait au pouvoir.

Avec 22 000 amendements déposés lors du débat sur le projet de réforme des retraites en commission spéciale – dont près de 20 000 pour la seule France insoumise –, les oppositions de gauche ont utilisé la tribune de l’Assemblée pour combattre le texte pied à pied.

Pas aisé cependant de faire passer ses propres propositions, qui s’inscrivent dans le système actuel, alors que les discussions tournent autour d’un changement radical de paradigme. En outre, l’article 40 de la Constitution rend irrecevables les amendements qui inscrivent une dépense nouvelle au budget, réduisant de fait la marge de manœuvre pour apporter des solutions alternatives dans le cadre du débat législatif.

Quelle serait une réforme des retraites « de gauche » ? Les communistes (groupe GDR à l’Assemblée), le Parti socialiste (PS) et les Insoumis (LFI) ont élaboré leur contre-projet. Les premiers ont d’ailleurs déposé une proposition de loi intitulée « Pour une retraite universellement juste », qui détaille les améliorations du système actuel par répartition qu’ils souhaitent apporter. Le PS et LFI, quant à eux, ont chacun rédigé une plateforme en contrepoint de la réforme gouvernementale. Un contre-projet commun de tous les partis de gauche, à l’exception de LFI, a par ailleurs été présenté le 22 janvier.

Mediapart a demandé à trois députés de l’opposition de détailler leurs projets respectifs. Le communiste Pierre Dharréville, l’Insoumis Adrien Quatennens et le socialiste Boris Vallaud s’accordent tous à dire que la bataille des retraites est une victoire à la Pyrrhus pour le gouvernement. Si les socialistes portent une amélioration significative de la loi Touraine de 2014 et insistent sur l’amélioration de la vie au travail et les questions de pénibilité, les Insoumis et les communistes réclament le retour à la retraite à 60 ans.

1) Faut-il exclure a priori la mise en œuvre de tout système par points ?

Adrien Quatennens (FI) : Oui, car le système par points est ici l’outil au service d’un objectif inacceptable : limiter la part de la richesse nationale consacrée aux retraites et faire peser tout l’effort sur les salariés par la baisse du niveau des pensions et l’âge effectif du départ à taux plein. La réforme Macron englobe en fait une vingtaine de futures réformes des retraites. Il suffira à l’avenir de modifier quelques paramètres technocratiques comme le coefficient de conversion du point et l’âge d’équilibre. François Fillon l’avait résumé quand il disait devant un parterre de patrons : « La réforme par points permet une chose qu’aucun homme politique n’avoue : baisser chaque année la valeur du point et donc le niveau des pensions. » Je rappelle ce qui était écrit dans le programme d’Emmanuel Macron : « Nous ne toucherons ni à l’âge de départ, ni au niveau des pensions. » C’est un double mensonge.

Boris Vallaud (PS) : Je n’ai jamais voulu réduire la réforme des retraites à cette question, le point, sur le papier, ça peut produire le meilleur comme le pire. Mais on n’en est plus là, ce qui se prépare est grave ! D’abord parce que le gouvernement change la philosophie même de notre système de retraite : le niveau des pensions ne sera plus fonction de la durée de cotisation mais de l’âge de départ – c’est le principe de l’âge d’équilibre – et cela va occasionner des injustices majeures. Par ailleurs, la seule des promesses que le gouvernement tiendra vraiment sera celle de gagner moins ou de travailler plus. Ensuite, parce que le gouvernement est dans une improvisation et une impréparation stupéfiantes ! Quoi que l’on pense au fond de la réforme, après dix jours de débats en commission, la seule conclusion qui s’impose, c’est que le gouvernement emmène tout le monde dans le mur…

Pierre Dharréville (PCF) : Le système par points individualise et reproduit les inégalités. En outre, calculer la retraite sur l’ensemble de la carrière avec le slogan « un euro cotisé donne les mêmes droits » est faux. Il est même une incitation à travailler le plus tard possible pour les plus précaires.

2) Faut-il repousser l’âge de départ à la retraite ?

Adrien Quatennens (FI) : Pour équilibrer un système de retraites, il n’y a pas 36 solutions. Soit vous augmentez les ressources, soit vous contractez les dépenses. Ici, l’objectif d’Emmanuel Macron est de limiter la part de la richesse nationale consacrée aux retraites. Sa variable d’ajustement est la vie des gens par le niveau des pensions et l’âge d’équilibre à atteindre qui va se décaler génération après génération. Au passage, tout est organisé pour encourager les gens à souscrire à des produits de retraites par capitalisation pour compléter les effets négatifs de la réforme. C’est là que l’on retrouve l’enthousiasme débordant des assureurs, des banques, des fonds de pensions et autres BlackRock.

Nous voulons faire l’exact inverse. Et d’abord, répondre aux deux questions que se posent les Français s’agissant des retraites auxquelles Emmanuel Macron est incapable de répondre avec son usine à gaz : « À quel âge je pars, et avec quel niveau de pension ? » Pour nous, compte tenu du fait que l’espérance de vie stagne et que l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 63 ans, la retraite doit être permise dès 60 ans.

Pour une carrière complète, personne ne devrait avoir une pension inférieure au Smic et personne ne doit vivre sous le seuil de pauvreté. Pour financer cela, il nous faut consacrer deux points de PIB de plus aux retraites d’ici à 2040. Ce n’est rien si l’on considère la part des richesses produites passée des poches du travail à celles du capital ces dernières années et le fait qu’un actif français aujourd’hui produit trois fois plus que dans les années 1970. À quoi bon travailler plus longtemps que le temps nécessaire à la production de ce dont nous avons besoin ? Pour enrichir qui ? Sans tenir aucun compte de l’urgence climatique ?

Dans l’histoire sociale de ce pays, le progrès a toujours consisté à libérer l’être humain du temps contraint du travail pour obtenir plus de temps libre. C’est une grande régression qui se prépare, alors qu’on produit assez de richesses pour ne pas s’infliger un tel sort. Par ailleurs, travailler plus longtemps, c’est aggraver le chômage aux deux extrémités de la vie active : le chômage des seniors mais aussi celui des jeunes qui peinent à s’insérer dans l’emploi.

Boris Vallaud (PS) : Aucune nouvelle mesure d’âge n’est nécessaire. Pour la première fois depuis longtemps, nous avions l’occasion d’imaginer une réforme qui ne soit pas d’abord guidée par des considérations financières. C’était compter sans l’atavisme du premier ministre, droit dans les bottes d’Alain Juppé. On aurait pu imaginer une réforme fondée sur des considérations de justice et de dignité. Justice d’abord, en mettant la question de la pénibilité au cœur de la réforme ; dignité ensuite, en assurant, jusqu’à un certain niveau de revenu, un taux de remplacement qui garantisse une parité de niveau de vie entre actifs et pensionnés tout au long de la retraite. Et considérant qu’on se construit la meilleure des pensions dans la meilleure des vies actives, lier réflexion entre ces deux âges de la vie. Comment, par exemple, penser la réforme des retraites sans reconsidérer radicalement la réforme de l’assurance-chômage adoptée par le gouvernement contre l’avis des syndicats ? On ne peut pas seulement réparer à la retraite les cicatrices de la vie, il faut les prévenir.

Pierre Dharréville (PCF) : La retraite est un droit que l’on partage et que l’on crée par son travail. C’est un marqueur de civilisation. Nous considérons que c’est un socle qu’il faut continuer d’édifier en améliorant les droits et encore mieux les garantir. Nous souhaitons revenir au calcul sur les dix meilleures années dans le privé, les six derniers mois dans le public et l’âge légal de départ à 60 ans.

Pénibilité et équilibre budgétaire

3) Comment prendre en compte la pénibilité ?

Adrien Quatennens (FI) : En agitant les régimes spéciaux comme un épouvantail alors qu’ils ne concernent que 3 % de la population active, Emmanuel Macron fait le pari que la jalousie des Français entre eux sera supérieure à l’aspiration générale à de bons niveaux de pensions. Sur la pénibilité, il faut des critères clairs et une harmonisation par le haut. Car, quand on travaille dans les égouts par exemple, on a dix-sept ans d’espérance de vie en moins.

Comment définit-on ces critères de pénibilité ? Je crois à la démocratie parlementaire, mais aussi à la démocratie sociale. Si la réforme Touraine a en effet fait avancer les choses sur la pénibilité, elle a aussi bougé les paramètres de durée de cotisation [en les portant à 43 annuités – ndlr]. Or, quand on fait cela, on n’interroge pas la répartition de la richesse produite. Les syndicats doivent pouvoir définir ces critères de pénibilité dont il convient d’étendre la reconnaissance à des métiers pour lesquels ce n’est aujourd’hui pas reconnu.

Boris Vallaud (PS) : La pénibilité est LE sujet majeur, et le président Macron est revenu dessus [sur les critères de pénibilité définis sous le mandat de François Hollande] à peine élu. Il en a exclu travailleurs du BTP, caissières, égoutiers, comme l’essentiel des travailleurs de l’industrie. Nous ne sommes pas égaux devant l’espérance de vie. L’espérance de vie en bonne santé, c’est même le nœud de la justice. Il existe treize ans d’écart d’espérance de vie entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres. C’est insupportable. Alors oui, il faut la prendre en compte et autoriser des départs vraiment précoces.

Il faut pour cela réintroduire les quatre critères supprimés et impliquer les branches et les employeurs dans le financement (par une cotisation ad hoc) et in fine dans la prévention de la pénibilité, car la réparation ne serait qu’une demi-justice. Il faut aussi revoir les seuils de déclenchement des critères et déplafonner les droits cumulables. Le financement pourrait aussi s’appuyer sur une part supplémentaire de la cotisation non contributive sur les hauts revenus auxquels le gouvernement va rendre des milliards de cotisations.

Pierre Dharréville (PCF) : Nous devons permettre des départs à partir de 55 ans avec un nouveau dispositif qui combine une approche selon les métiers et les différents facteurs de risques. Nous devons impliquer les branches, même si c’est difficile d’en prédire le résultat quand on voit, par exemple, comme on n’avance plus sur la question des maladies professionnelles. Mais des choses existent déjà, comme les régimes spéciaux et les catégories actives dans la fonction publique. En outre, il faut travailler la question de la prévention et traquer les expositions aux risques, ainsi que les maladies, à la source.

4) Faut-il viser l’équilibre du système de retraite ?

Adrien Quatennens (FI) : Évidemment, l’équilibre fait partie de l’objectif. Mais il ne doit pas être l’argument d’autorité et se faire uniquement sur le dos des travailleurs qui, rappelons-le, sont les seuls à produire de la richesse. Le Conseil d’orientation des retraites nous parle d’un déficit potentiel, d’ici à 2025, de 8 à 17 milliards. Mais il faut relativiser, car la caisse de retraite, c’est 330 milliards. D’où vient ce déficit ? Les économistes sont clairs : du gel de l’indice des fonctionnaires et des multiples exonérations sociales faites par le gouvernement, qui sont des cadeaux empoisonnés car ce sont les gens qui se les paient eux-mêmes avec la baisse de leurs cotisations sociales.

Par ailleurs, juste pour le mentionner, il y a 127 milliards d’euros dans les fonds de réserve. Et même si on les met de côté, il faut regarder les encours bancaires des retraites chapeau, des régimes spéciaux qui pèsent 42 milliards. Ce n’est pas suffisant ? Alors, regardons les 60 milliards de dividendes versés aux actionnaires du CAC 40…

Bref, le déficit n’est pas un problème si on s’emploie à organiser le partage de la richesse produite. Et on ne relancera jamais l’économie du pays avec la répartition de richesses actuelle.

Il faut donc augmenter les salaires et les cotisations, en augmentant le Smic : 1 % d’augmentation de salaires par exemple, c’est 2,5 milliards de cotisations. On peut sans douleur augmenter les salaires et les cotisations en proportion suffisante pour financer un bon niveau de pension dès 60 ans. La question du financement des retraites est bien aussi celle du partage de la richesse produite. Si les femmes étaient payées comme les hommes, on pourrait financer à court terme la retraite à 60 ans.

Pénibilité et équilibre budgétaire

3) Comment prendre en compte la pénibilité ?

Adrien Quatennens (FI) : En agitant les régimes spéciaux comme un épouvantail alors qu’ils ne concernent que 3 % de la population active, Emmanuel Macron fait le pari que la jalousie des Français entre eux sera supérieure à l’aspiration générale à de bons niveaux de pensions. Sur la pénibilité, il faut des critères clairs et une harmonisation par le haut. Car, quand on travaille dans les égouts par exemple, on a dix-sept ans d’espérance de vie en moins.

Comment définit-on ces critères de pénibilité ? Je crois à la démocratie parlementaire, mais aussi à la démocratie sociale. Si la réforme Touraine a en effet fait avancer les choses sur la pénibilité, elle a aussi bougé les paramètres de durée de cotisation [en les portant à 43 annuités – ndlr]. Or, quand on fait cela, on n’interroge pas la répartition de la richesse produite. Les syndicats doivent pouvoir définir ces critères de pénibilité dont il convient d’étendre la reconnaissance à des métiers pour lesquels ce n’est aujourd’hui pas reconnu.

Boris Vallaud (PS) : La pénibilité est LE sujet majeur, et le président Macron est revenu dessus [sur les critères de pénibilité définis sous le mandat de François Hollande] à peine élu. Il en a exclu travailleurs du BTP, caissières, égoutiers, comme l’essentiel des travailleurs de l’industrie. Nous ne sommes pas égaux devant l’espérance de vie. L’espérance de vie en bonne santé, c’est même le nœud de la justice. Il existe treize ans d’écart d’espérance de vie entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres. C’est insupportable. Alors oui, il faut la prendre en compte et autoriser des départs vraiment précoces.

Il faut pour cela réintroduire les quatre critères supprimés et impliquer les branches et les employeurs dans le financement (par une cotisation ad hoc) et in fine dans la prévention de la pénibilité, car la réparation ne serait qu’une demi-justice. Il faut aussi revoir les seuils de déclenchement des critères et déplafonner les droits cumulables. Le financement pourrait aussi s’appuyer sur une part supplémentaire de la cotisation non contributive sur les hauts revenus auxquels le gouvernement va rendre des milliards de cotisations.

Pierre Dharréville (PCF) : Nous devons permettre des départs à partir de 55 ans avec un nouveau dispositif qui combine une approche selon les métiers et les différents facteurs de risques. Nous devons impliquer les branches, même si c’est difficile d’en prédire le résultat quand on voit, par exemple, comme on n’avance plus sur la question des maladies professionnelles. Mais des choses existent déjà, comme les régimes spéciaux et les catégories actives dans la fonction publique. En outre, il faut travailler la question de la prévention et traquer les expositions aux risques, ainsi que les maladies, à la source.

4) Faut-il viser l’équilibre du système de retraite ?

Adrien Quatennens (FI) : Évidemment, l’équilibre fait partie de l’objectif. Mais il ne doit pas être l’argument d’autorité et se faire uniquement sur le dos des travailleurs qui, rappelons-le, sont les seuls à produire de la richesse. Le Conseil d’orientation des retraites nous parle d’un déficit potentiel, d’ici à 2025, de 8 à 17 milliards. Mais il faut relativiser, car la caisse de retraite, c’est 330 milliards. D’où vient ce déficit ? Les économistes sont clairs : du gel de l’indice des fonctionnaires et des multiples exonérations sociales faites par le gouvernement, qui sont des cadeaux empoisonnés car ce sont les gens qui se les paient eux-mêmes avec la baisse de leurs cotisations sociales.

Par ailleurs, juste pour le mentionner, il y a 127 milliards d’euros dans les fonds de réserve. Et même si on les met de côté, il faut regarder les encours bancaires des retraites chapeau, des régimes spéciaux qui pèsent 42 milliards. Ce n’est pas suffisant ? Alors, regardons les 60 milliards de dividendes versés aux actionnaires du CAC 40…

Bref, le déficit n’est pas un problème si on s’emploie à organiser le partage de la richesse produite. Et on ne relancera jamais l’économie du pays avec la répartition de richesses actuelle.

Il faut donc augmenter les salaires et les cotisations, en augmentant le Smic : 1 % d’augmentation de salaires par exemple, c’est 2,5 milliards de cotisations. On peut sans douleur augmenter les salaires et les cotisations en proportion suffisante pour financer un bon niveau de pension dès 60 ans. La question du financement des retraites est bien aussi celle du partage de la richesse produite. Si les femmes étaient payées comme les hommes, on pourrait financer à court terme la retraite à 60 ans.

Boris Vallaud (PS) : Je conteste avec vigueur le diagnostic du gouvernement. Il crie au péril financier imminent ; il ment. La lecture du rapport du Conseil d’orientation des retraites est claire : il n’y a pas de dérapage des retraites. Le déficit, il le crée par ses propres décisions. Quelle est la question que le gouvernement esquive ? C’est celle de la baisse du taux de remplacement et donc du niveau de vie relatif des retraités. C’est-à-dire de la part des dépenses de retraites dans le PIB au moment où le nombre des retraités va augmenter. C’est cela le vrai débat. Les Français y ont droit, le gouvernement l’interdit.

Jeudi 20 février: Grève interprofessionnelle et manifestation

Jeudi 20 février 2020
Grève interprofessionnelle et manifestation
Le matin (heure à déterminer) RDV devant l’incinérateur de déchets du Sécip, rue Edison :
Action d’information et de sensibilisation des personnels
14h : Rassemblement devant le centre de Sécurité Sociale puis manifestation
Symbole des droits sociaux conquis par les luttes passées, la Sécurité Sociale sera notre point de
rassemblement. (modalités et parcours précisés prochainement)

Lundi 17 février : 13h30 Soutien aux deux militants/18h00:Retraites aux flambeaux !

Lundi 17 février : Retraites aux flambeaux !
13h30 : Rassemblement devant le Palais de Justice de Besançon : Soutien aux deux militants
victimes de la répression
18h : RDV devant le centre de Sécurité Sociale, 2 rue Denis Papin : Retraites aux flambeaux du
siège de la Sécurité Sociale au local de la députée Charvier à l’occasion du début de l’examen à l’Assemblée Nationale du projet de réforme des retraites.

Algérie, L’An 1 du processus révolutionnaire

Algérie, L’An 1 du processus révolutionnaire
Par Samir Larabi

19 Février 2019-19 Février 2020, déjà une année est passée depuis le début du processus révolutionnaire en cours. Jamais le pays na connu dans son Histoire et dans le répertoire des mouvements sociaux, na jamais connu un mouvement populaire aussi dense et qui durée autant dans le temps. Un mouvement interclassistes qui regroupe toutes les catégories sociales, dont les classes moyennes et les couches populaires déshéritées demeurent le fer de lance de ce Hirak populaire. Certes, le déclenchement de ce processus est lié essentiellement au sursaut de dignité des Algériens face à un mandat de trop de Bouteflika, mais le peuple s’est révolté aussi contre ce que représente le « Bouteflikisme » comme système de répression, de prédation des richesses nationales et de soumission a l’impérialisme. Déjà depuis 2012 le régime s’est montré très agressif vis-à-vis des contestataires de tous bords et toutes velléités de contestation sociale, notamment des syndicats. Agressif sur le plan social avec ses plans d’Austérité, de précarité sociale, de prédation aux profits des patrons « oligarques » et des multinationales. Pire encore, le régime s’apprêtait à revoir le code du travail et revoir à la baisse des transferts sociaux. Les lois de finances adoptées par le parlement depuis 2016 consacrent ce choix libéral hostile aux travailleurs et aux couches populaires. C’est cette somme de pratiques et de contradictions, conjuguées à la tentative du passage en force du 5eme mandat qui sont à la source de ce large mouvement contestataire national.

La jeunesse précarisée au cœur du Hirak Populaire

Malgré son hostilité a l’activité politique, la jeunesse précarisée des quartiers populaires demeure le fer de lance de ce processus révolutionnaire, une jeunesse laminée par les différents plans d’austérité et de manque de perspectives sérieuses, y compris pour ceux issues des classes moyennes. Une jeunesse exclue de toute forme de décision et de participation a la gestion des affaires politiques du pays. Les chants qu’on entendait dans les marches expriment amplement cette détresse et cette volonté profonde pour un changement radical. Jamais on n’a vu autant de fraternisation entre cette jeunesse, ce sentiment de fierté profonde pour avoir participer a cette œuvre de changement. Une détermination qu’on a senti aussi chez la jeunesse scolarisée et qui s’est mobilisée au côté du peuple en lutte pour sa libération. Jamais on n’a vu cette symbiose populaire cette mixité sexuelle et générationnelle en pleine lutte.

Un mouvement Profondément populaire

Comme nous l’avons signalé en haut, nous sommes devant un mouvement populaire interclassiste où toutes les classes et couches participent à ce grand mouvement Historique qui a touché l’ensemble du territoire national et dans la diaspora. Il est aussi profondément populaire par les langues algériennes utilisées et les slogans radicaux mis en avant. Avec de simples chants et slogans, ces derniers expriment ce que le peuple d’en bas aspire, à savoir le refus de la continuité du régime et la construction d’une république authentiquement démocratique et sociale, loin de toute ingérence des puissances mondiales. Il exprime cette profonde volonté du peuple à conduire sa propre transition démocratique en toute souveraineté.il exprime ce désir profond de mettre un terme a la rapine, au bradage de l’économie nationale et de l’austérité, comme exprimé sur le refus catégorique de la loi sur les Hydrocarbures, loi de finance 2020 et l’exploitation du Gaz de schiste.

Il est temps de dépasser nos limites

Une année après le déclenchement de ce processus révolutionnaire, il est plus que vitale que le mouvement populaire fasse son saut qualitatif pour résister aux chants de sirènes, sauvegarder son unité et imposer une véritable transition conduite par le peuple en lutte. La question de l’organisation demeure le grand handicape qui empêche la transcroissance du mouvement populaire. Car un mouvement qui n’avance pas recule. Les règles politiques les plus élémentaires nous indiquent que toute voie de changement politique radical passe d’abord par l’organisation et des objectifs politiques à atteindre. L’organisation va servir à débattre démocratiquement de la situation politique, de construire et consolider notre dynamique populaire, puis définir la nature du changement que nous voulons. Un changement qui répond aux aspirations démocratiques et sociales du peuple Algérien. Le peuple en lutte qui aspire profondément à construire une véritable démocratie qui consacre l’égalité entre citoyens et participe collectivement a la gestion démocratique des affaires de la cité. Un peuple qui aspire à voir un travail décent, accéder a un logement, une santé gratuite et de qualité, un système de formation performant et la construction d’une économie au service des besoins sociaux du peuple. Construire un pays autonome aux puissances impérialistes et aux règles du marché. En résumé, une République d’égalité politique et sociale, solidaire des peuples en lutte.

Réforme des retraites : une grève jamais vue à l’Opéra de Paris Parisien

Par Séverine Garnier Le 6 février 2020 à 19h56, modifié le 7 février 2020 à 07h26

Déjà 78 spectacles ont été annulés à cause du mouvement social du personnel qui défend son régime spécial. La facture s’élève désormais à 16,5 millions d’euros pour l’institution.

Danseurs, musiciens, éclairagistes : depuis le 5 décembre, une partie des salariés de l’Opéra mène une grève historique, la plus longue qu’ait connue la maison… qui en a vu d’autres! « Nous sommes plus que jamais mobilisés, témoigne Fabien Wallerand, musicien tuba de l’Orchestre national de l’Opéra de Paris. On est tout à fait conscient que le public est impacté et cela nous rend tristes. » 78 spectacles ont été annulés, dont deux ballets ce jeudi, lors de la neuvième journée de mobilisation contre la réforme des retraites.

Impacté aussi, le budget de l’Opéra de Paris. Mercredi sur France Info, Stéphane Lissner, son directeur, a affiché le coût de la grève : 16,5 millions d’euros (12,5 pour 2019 avec un mois de grève intense et 4 depuis le début de l’année 2020) sur 220 millions d’euros de budget annuel. En plus d’avoir lancé un plan d’économies drastiques touchant tous les services, il envisage de supprimer trois nouvelles productions en 2021.

« Ça me donne presque du baume au cœur, réagit le gréviste Pascal Benezra, premier chef d’équipe machinerie. On se bat contre une programmation faite en dépit du bon sens avec des productions de plus en plus énormes et un calendrier qu’on tient tant bien que mal. »

«Ça nous laisse des jeunes déjà bien abîmés»

Les quelque 1 800 personnes qui travaillent à l’Opéra de Paris bénéficient d’un régime spécial, comme les cheminots. Parmi leurs avantages : la pension est calculée sur les six derniers mois pour les machinistes, les trois meilleures années pour les artistes. Et la plupart des départs à la retraite s’échelonnent de 42 ans pour les danseurs à 60 ans pour les musiciens de l’orchestre.

À l’aide de groupes sur les réseaux sociaux, de mail et de SMS, les grévistes se serrent les coudes, même entre les différentes professions de la maison. « Cela fait quinze ans que je suis à l’Opéra de Paris, témoigne Fabien Wallerand, et je n’ai jamais vu cela. Machinistes, électriciens, accessoiristes… Une convergence s’est créée. » Les grévistes se battent pour « les jeunes » qui viennent d’entrer ou entreront dans la maison. Pascal Benezra, 54 ans, témoigne du travail intense de son équipe de machinistes qui portent des éléments de décor de 80 kg. Il a personnellement vécu plusieurs chutes de dizaines de mètres de haut.

« Ça nous laisse des jeunes déjà bien abîmés sans aucune politique de reclassement, explique le chef d’équipe. Moi, je partirai à 57 ans mais, avec la réforme les jeunes partiront à 62 ans. Alors que, selon nos calculs, l’espérance de vie d’un machiniste est en moyenne de 67 ans. » À écouter les grévistes, « la fatigue » de la grève et « les craintes » quant à la réforme « nourrissent le terreau des gens décidés à aller plus loin pour défendre la culture française ».

Réforme des retraites : cinq minutes pour comprendre la grève à l’Opéra de Paris

Danseurs, choristes ou musiciens, les salariés de l’Opéra de Paris bénéficient d’un régime spécial de retraite menacé par la réforme du gouvernement.

Par Vincent Gautier Le 25 décembre 2019 à 15h38, modifié le 25 décembre 2019 à 19h34

Un ballet hors les murs. Mardi, à quelques heures du réveillon de Noël, une quarantaine de danseuses de l’Opéra de Paris ont offert plusieurs tableaux du « Lac des cygnes » de Tchaïkovski sur le parvis du palais Garnier. Une nouvelle action spectaculaire de la part de ces artistes protestant contre une réforme des retraites qui sonnerait le glas de leur régime spécial pluriséculaire.

Quelles sont les particularités de ce régime ?

Avec la Comédie-Française, l’Opéra national de Paris est la seule institution culturelle à disposer d’un régime spécial de retraite. Il ne concerne pas les autres opéras de province ou des établissements comme la Philharmonie de Paris. Ce particularisme n’est pas nouveau : ses origines remontent au règne de Louis XIV.

Grâce à ce régime, les salariés de l’Opéra de Paris peuvent prendre leur retraite bien avant l’âge légal de départ de 62 ans. Les artistes du chœur peuvent partir à 50 ans, tandis que les musiciens de l’orchestre doivent attendre d’avoir 60 ans. Quant aux danseurs, la retraite peut intervenir encore plus tôt, dès l’âge de 42 ans.

Les danseuses de l’Opéra interprètent le « Lac des cygnes » devant le Palais Garnier

Le degré d’exigence et les conséquences de leur activité sur le corps sont tels que cet avantage tiendrait surtout de la nécessité pour les danseurs. « Avec cinq heures de danse par jour, à 17-18 ans, on est nombreux à avoir des blessures chroniques, des tendinites, fractures de fatigue, douleurs aux genoux […] », expliquait mardi à l’AFP Éloïse Jocqueviel, 23 ans, sur le parvis du palais Garnier.

Combien de personnes sont concernées ?

Le régime spécial de l’Opéra de Paris concerne un peu moins de 2000 salariés. D’après les derniers chiffres de la caisse de retraite des personnels de l’Opéra national de Paris, le régime comptait exactement 1894 cotisants pour 1811 pensionnés (en comptant les pensions de réversion).

Parmi tous ces cotisants, environ 10 % sont des danseurs. Un sur huit est chanteur, qu’il soit artiste lyrique ou donne de la voix dans les chœurs, et un sur cinq est musicien. Tous les autres sont des techniciens ou occupent un poste administratif.

Comment est financé ce régime de retraites ?

L’année dernière, le régime de retraite affichait un déficit légèrement supérieur à un million d’euros. Les dépenses s’élevaient à 28,5 millions d’euros, la quasi-intégralité (97 %) servant au versement des pensions, contre 27,4 millions d’euros de recettes.

D’où proviennent-elles ? Il y a d’abord les cotisations des salariés de l’Opéra de Paris. Elles représentent 12,5 millions d’euros (46 %) du total. Environ 900 000 euros sont également tirés de droits sur les places vendues : 1,3 % des recettes de billetterie est ainsi destiné au financement des retraites.

Pour garantir l’équilibre du régime, l’Etat met également la main à la poche, comme le prévoit une loi datant du 14 janvier 1939. Il assure un peu plus de la moitié du financement. En 2018, le montant de cette subvention s’élevait à 14 millions d’euros.

Quels effets la grève a-t-elle sur les spectacles donnés à Bastille et Garnier ?

Une quarantaine de représentations d’opéras et de ballets ont dû être annulées depuis le début du mouvement. Prévue ce mercredi soir, la représentation du ballet « Raymonda » n’aura pas lieu à l’Opéra Bastille. Les spectateurs qui comptaient y assister peuvent échanger leur billet pour un autre spectacle prévu cette saison ou se faire rembourser leurs places.

Chaque spectacle annulé représente un manque à gagner de plusieurs centaines de milliers d’euros pour l’Opéra de Paris. À titre d’exemple, l’annulation d’une représentation de l’opéra « Le Prince Igor » à Bastille entraîne en moyenne une perte de 358 000 euros en billetterie, explique l’Opéra de Paris. Au total, l’institution affirme à ce jour avoir perdu 8 millions d’euros de recettes depuis le début de la grève.

Mardi 11 février, 19h30: Conférence sur le changement climatique en Franche Comté, Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement, 1 rue Charles Nodier, Besançon.

Conférence sur le changement climatique en Franche Comté avec Bruno Vermot Desroches, ingénieur à Météo France.
Mardi 11 février, 19h30, Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement, 1 rue Charles Nodier, Besançon.
Organisé par Alternatiba/ANV-Cop21 Besançon,
(avec le soutien de l’Intersyndicale de l’UFC)
Bruno Vermot-Desroches, ingénieur Météo France, co-auteur du livre « L’histoire du climat en Franche-Comté », fera le point sur l’évolution climatique dans notre région et analysera les projections climatiques.
(45 min + questions)
Une fois le constat posé, PASSONS À L’ACTION !
La seconde partie de soirée sera consacrée aux alternatives locales : des citoyen·ne·s s’organisent, de l’action individuelle à l’action collective, de la marche pour le climat à l’action de désobéissance civile, etc. Un tour d’horizon non exhaustif des moyens d’agir en Franche-Comté (45 min)
Venez nombreux.ses à cette soirée organisée par Alternatiba/ANV-Cop21 Besançon. Entrée libre

Mardi 11 février 2020, 18h30: Le chi’isme, l’autre islam, et la révolution de 1979, la république islamique

Le chi’isme, l’autre islam, et la révolution de 1979, la république islamique
Mardi 11 février 2020, 18h30, le Scènacle, rue de la Vieille Monnaie, Besançon
Organisé par l’Association Comtoise pour la Connaissance du Maghreb et du Monde Arabe (ACCMMA)
Conférence de Pierre-Jean Luizard, historien, CNRS, dans le cadre du cycle Iran.