La Commune n’est pas morte

Les anniversaires ont souvent un sens politique fort. Celui du déclenchement de la Commune de Paris, a pour nous une signification particulière. Et le débat qui se déroule à propos de l’hypothèse de sa célébration est très politique, en ces temps où il est de bon ton de répéter que les notions de droite et de gauche sont dépassées. L’historien Pierre Nora, qui vient de la gauche, mais s’en éloigne toujours plus, déclare à France Inter qu’il est opportun de célébrer Napoléon, mort en 1821, mais pas la Commune, qui est pour lui un événement daté, dernière révolution ouvrière du XIXème siècle. Elle le fut certes, mais ses 72 jours qui ébranlèrent Paris furent aussi la première des révolutions sociales des temps à venir. Refusant, le 18 mars 1871, de rendre les canons aux Prussiens qui assiégeaient Paris, les ouvriers et artisans parisiens chassèrent le gouvernement bourgeois de Thiers et entreprirent de profondes transformations sociales et politiques. Elisant au suffrage universel un Conseil général dont le tiers était composé d’ouvriers, la population parisienne réalisait, comme le dira Karl Marx, « la forme enfin trouvée de l’émancipation du travail ». En quelques semaines, la Commune prit des mesures sociales urgentes : remise des loyers impayés, suppression du travail de nuit des boulangers, réquisition de logements vides … Elle reconnut l’union libre, interdit la prostitution et mit en place un début d’égalité salariale hommes-femmes. Elle proclama la séparation de l’Eglise et de l’Etat et décida de la révocabilité des élus. Le tout, sous la menace de l’armée versaillaise et la pression des assiégeants prussiens, alliés pour la circonstance. Elle finit par succomber lors de la dernière semaine, sanglante, de mai 1871. Les milliers de morts jonchant alors le pavé parisien témoignaient que la bourgeoisie avait eu très peur. Pour ces raisons, nous célébrons la Commune de Paris, moment où le peuple prit en main les affaires, comme aujourd’hui celles et ceux qui luttent entendent le faire. Moment où les femmes se dressèrent pour leurs droits comme elles le font aujourd’hui. Symbole de défaite aussi, comme le mouvement ouvrier en connut tant. Mais, moins de 10 ans après, il renaissait encore plus fort. Et c’est en juin 1871, caché pour éviter la répression qu’un communard, Eugène Pottier, écrivait les paroles de l’Internationale. La Commune n’était pas morte, elle est toujours vivante dans la mémoire de celles et ceux qui veulent changer le monde.
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