Une soirée réussieCompte-rendu de la mission d’information d’Ensemble! en AlgérieNos camarades Danielle Carasco (Lyon) et Jacques Fontaine (Bourg-en-Bresse), qui ont fait partie de la délégation d’Ensemble! envoyée en mission en Algérie (à Alger et Béjaia) pour nouer des contacts avec les acteurs du hirak (mouvement) étaient dans nos murs le 13 février. Une quarantaine de camarades et amis emplissaient à 18h la salle Bidault (Kursaal) pour prendre connaissance de leurs témoignages et échanger avec eux.Danielle centra son exposé sur le mouvement en général. Sa description enthousiaste de la mobilisation massive qui descend vers les rues du centre-ville chaque vendredi était accompagnée de photos très éclairantes qui illustraient les propos de notre camarade. Elle dit aussi son admiration devant l’inventivité dont témoigne ce mouvement et mit enfin et surtout l’accent, avec beaucoup d’émotion, sur la présence et le rôle des femmes (le carré femmes).Ce fut le tour de Jacques. Il lui revenait de situer le hirak dans son contexte historique, à la fois lointain et proche. Lointain parce qu’en fait tout remonte à la guerre d’indépendance. En effet, tandis que le congrès de la Soummam (août 1956) avait établi la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et celle du politique sur le militaire, les circonstances avaient ruiné ces décisions. D’où, après la proclamation de l’indépendance, une guerre civile qui opposa une partie de la résistance intérieure à l’armée des frontières et vit cette dernière s’imposer. Ce fut le début d’une domination sans partage des militaires. Une confiscation du pouvoir par une « mafia » que les Algériens nomment « le Système ».Jacques en fait l’historique depuis la guerre d’indépendance. De Ben Bella (1963-1965) à Boumediene (1965-1978), de Bendjedid (1979-1988), puis Zeroual (1994-1999) à Bouteflika (1999-2019) et l’élection de Tebboune, sans oublier la décennie noire (« les années de plomb ») (1991-2002) de la guerre civile contre les islamistes il décrit les mutations, mais in fine la permanence du « système». Il insiste enfin sur la singularité du hirak, mouvement résolument non violent dans un pays qui a été, de la colonisation à la guerre civile algérienne, sans cesse en butte à la violence.Au fond ce que réclame le peuple algérien – il le dit lors des manifestations de chaque vendredi – c’est « une nouvelle indépendance ». Non plus à l’égard du colonisateur mais une indépendance à conquérir contre ceux qui ont confisqué le pouvoir depuis plus d’un demi-siècle. Voilà ce qui ressortait des propos de nos camarades. Ils suscitèrent un dialogue nourri avec une salle dans laquelle témoins algériens et Français informés et proches de l’Algérie intervinrent avec à la fois passion et justesse.